La définition même du livre est bousculée par les changements technologiques, mais ce n’est pas autant le livre qui subira les plus grandes transformations, c’est surtout la lecture. Les modes de lectures se métamorphosent et un des exemples les plus marquants est la lecture sociale, qui prendra tout son sens avec le livre numérique.
Lire est évidemment un acte solitaire, par contre la majorité des lecteurs désire partager ses lectures avec son entourage. Mais comme l’acte de lire et la rencontre sociale ne sont souvent pas en phase, ce partage n’est pas aussi efficace et l’échange n’a pas suffisamment lieu en temps réel. L’échange de clips musicaux ou d’extraits de film se fait plus aisément, parce que le contenu est disponible et parce que des plateformes comme Youtube, Flixster et Facebook permettent de les échanger avec son réseau en toute transparence, même chose avec les articles des quotidiens ou les billets de blogues.
Pour le livre, c’est un peu compliqué. Facebook permet l’intégration de widgets pour indiquer à ses amis ses lectures du moment, mais rien pour partager réellement sa lecture, une citation, des extraits, peu importe, au moment de la lecture. Le livre n’est pas ouvert sur le Web. En fait, il le devient de plus en plus, particulièrement sur les sites de lecture sociale.
Augmenter le capital conversationnel du livre est le grand défi du marché du livre numérique, mais du marché du livre point.
Un site de lecture sociale permet de mettre les lecteurs en réseau selon leurs intérêts et leurs goûts littéraires. Le catalogage ou la catégorisation de ses livres par mots-clés permet à la fois de définir le livre pour qu’il soit relié à d’autres livres du même genre dans ce réseau, mais permet aussi de définir ses goûts et intérêts pour être reliés à d’autres lecteurs.
Contrairement aux algorithmes de suggestions de lecture basées sur sa propre bibliothèque, comme Amazon le fait notamment, la mise en relation des bibliothèques des lecteurs permet des suggestions plus naturelles et plus appréciables. Les recommandations sont faites par des « pairs » et donc ont souvent une meilleure portée.
Mettre en relation les lecteurs et relier les bibliothèques de chacun d’eux implique également la constitution de regroupements, de clubs, de forums où les usagers contrôlent les paramètres
Site et applications de ventes de livre
Actuellement, les sites transactionnels des libraires québécois, qu’ils offrent des livres numériques ou papiers, comportent au mieux des applications de partage et suggestion de livres sur les médias sociaux, mais ne créent pas de communauté. Amazon permet depuis longtemps les commentaires et les notes d’appréciation, la création de liste de lecture, mais sans interactions directes entre les clients. L’achat de Shelfari a changé cela.
Le développement de site Web transactionnel et d’application devrait intégrer des plateformes d’échanges entre les clients et lecteurs pour accroître la fidélisation et la récurrence des visites.
Réseaux sociaux
Les dernières données du CEFRIO sur l’usage des médias sociaux indiquent que 45% de la population canadienne utilise Facebook et 42% au Québec. La progression est impressionnante et démontre un changement fondamental du web. La participation des internautes sur Facebook est passée de 34% en 2009 à 48% en 2010, l’engagement dans ces nouveaux médias est majeur. (NetTendances, p.4, PDF)
Le temps consacré aux médias sociaux à aussi augmenté significativement et occupe le quart du temps en ligne :
Les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter connaissent une forte croissance aux États-Unis, cette augmentation est de 43%, avec un 23% du temps consacré à ces sites de réseautage. What American do Online.
Les internautes québécois sont particulièrement engagés et actifs sur ces réseaux sociaux, et plus ils sont jeunes et plus ils sont actifs. On observe, par ailleurs, déjà un changement dans la dernière année ou la tranche des 35 à 54 a significativement augmenté leurs engagements et ce profil démographique est une clientèle qui comporte plus de lecteurs et acheteurs de livres assidus.
Influence et la recommandation : De manière générale, les lecteurs de recommandations sont surtout les jeunes professionnels dotés d’un fort pouvoir d’achat et sont les plus sensibles aux messages en lien avec les entreprises qui sont véhiculés dans les médias sociaux :
Les deux tiers des internautes lisent des avis et des recommandations sur un produit ou un service avant d’acheter, et 74 % d’entre eux affirment que les informations qu’ils y trouvent influencent leur choix. NetTendances
Bien que l’activité principale soit la socialisation avec les membres de son réseau, le divertissement, la recherche d’information et de recommandation, le partage de ses centres d’intérêt ne sont pas négligeables.
Site de lectures sociales
Les sites de lecture sociale sont plus que des clubs de lecture enrichis. Avec le livre numérique, les lecteurs enrichissent le contenu du livre par leur commentaire au profit de leur réseau.
Il est important qu’il y ait une interface avec les autres réseaux sociaux, avec les sites transactionnels ou avec ceux des éditeurs et des auteurs pour que le site devienne un véritable outil et point pivot de la promotion de la lecture et du livre.
Le succès de tel site réside aussi sur la capacité de créer des groupes spécifiques, des créneaux sur des sujets et des thèmes porteurs, mais dans un catalogue le plus large possible.
Applications pour les éditeurs
Les éditeurs peuvent créer des microsites de lecture sociale sur un thème porteur, voire sur une collection, un unique titre ou un auteur. Un site d’échanges sur l’histoire du Québec, par exemple, rassemblera les amateurs sérieux, les auteurs et chercheurs, qui seront actifs et influenceront une autre part de cet auditoire. Cette communauté sera en mesure de relayer le contenu des œuvres et des discussions sur d’autres plateformes et sites spécialisés
On peut le faire au sein même de sites de lecture sociale ou de manière indépendante. La première avenue est certainement la plus profitable pour s’adjoindre régulièrement un nouvel auditoire.
Applications pour les libraires
L’utilisation d’une application de lecture sociale, qui soit intégrée à un site transactionnel ou parallèle, est certainement plus profitable pour les libraires, parce que leur offre est générale et exhaustive. Le succès d’un site de lecture social est d’abord l’étendue du catalogue, c’est vraiment là le nerf de la guerre.
En plus de fidéliser sa clientèle, on apprendra encore plus sur le comportement de lecture des visiteurs en plus de son comportement d’achat. Les applications comme Kobo, iBooks et Kindle consignent les habitudes de lectures de ses détenteurs. On peut ainsi mieux répondre aux besoins de ses clients et communiquer avec eux au moment opportun et faire des offres mieux ciblées.
Internet est un marché de créneau, les librairies peuvent donc développer un créneau distinctif, même s’ils sont généralistes. Les amateurs d’histoire, de cuisine peuvent ainsi se regrouper dans un club de lecture animée et enrichie par un libraire ou non.
Le peu d’espace médiatique consacré aux livres, à la littérature et aux essais, mais surtout l’importance des recommandations des « pairs » qui favorise l’émergence et le développement de sites de lecture sociale. Le livre est un des derniers produits culturels ou médiatiques à entrer dans l’ère numérique, outre l’objet lui-même, les pratiques de promotions et d’échanges autour de lui sont aussi primordiales pour son dynamisme.





Ce passage vers la transformation de contenus en format numérique rerprésente toute une adaptation tant pour les méthodes de production que la mise en marché. Aujourd’hui, nous savons mieux comment gérer tout ça. Pourtant, les éditeurs ont toujours de la difficulté à bien intégrer ces changements. Sans compter que ce que nous ne savons pas encore, c’est ce qui viendra après le format numérique. Les normes changent, nous ne pouvons qu’aller de l’avant. Est-ce pour le meilleur ou pour le pire? Ça reste à voir… Néanmoins, les nouveaux développements technologiques nous forcent à revoir nos méthodes, et nous réinventer. Mais de là à imaginer un monde sans bibliothèques ? Moi je n’y crois pas.
Je vous propose une application de lecture (éducative) que j’aime beaucoup, et qui possèdent plusieurs fonctionnalités intéressantes. http://www.youtube.com/watch?v=JFP4zUIRMMw