Gaspard est toujours en quête de clients et de partenaires

Article  écrit pour Livre d’ici (mars 2011, p.20) et diffusé ici avec leur permission

La BTLF à inauguré le service d’information commerciale sur le livre, Gaspard, le 3 novembre 2009. La base d’information est alimentée par les détaillants selon les ventes aux caisses. Ainsi, chaque dimanche les données sont collectées puis agrégées et ensuite rendues disponibles le mercredi suivant. Ce système d’information est inspiré de Nielsen BookScan en Europe et aux États-Unis et de BookNet (BNC) SalesData au Canada anglais.

À titre d’exemple, BNC SalesData existe depuis un peu plus de cinq ans et collige l’information de plus de 1 000 points de vente, représentant des chaînes, des indépendants, des ventes en ligne, des collèges et des universités et des librairies non-traditionnelles. Les données représentent 75% du marché.

Le défi a été double pour Gaspard pendant cette première année, soit de convaincre les libraires de participer à ce service en envoyant de façon électronique leurs données de vente, et aussi de trouver une clientèle au service.

À la fin février, Gaspard devrait être alimenté par 200 points de vente représentés par 62 entreprises. Comme des ententes de confidentialité scellent les rapports entre la BTLF, qui chapeaute ce service, et les détaillants participants de manière volontaire, il est difficile de connaître la composition de ce panel. Les données représenteraient environ 40% du marché et principalement de la grande diffusion.

Il est aussi, pratiquement, impossible de connaître qui utilise ce service; à la fin 2010 on parlait de 5 éditeurs, il y aurait aujourd’hui une vingtaine d’éditeurs. Les bibliothèques publiques et municipales utilisent le service selon des contrats d’utilisations nouvellement négociés.

Un service en quête de clients

Si l’ensemble du marché semble s’entendre sur l’importance d’un service d’information commerciale à la source, plusieurs questionnent la pertinence des données et de l’utilisation qu’on peut en tirer, la tarification contre la plus-value offerte et les lacunes de communication de l’organisme.

Stéphane Masquida, directeur commercial aux Messageries ADP appuie le principe du service Gaspard en autant que la fiabilité soit au rendez-vous, c’est un service  positif pour le secteur pourvu que les conditions y soient réunies. Notamment, « pour l’utiliser, il nous faut connaître la constitution du panel et ce critère n’est pas rencontré », rappelle-t-il.

Les libraires et les détaillants ont reçu récemment une lettre d’entente afin que Gaspard puisse mentionner le nom des participants à la collecte de données, tout en garantissant la confidentialité des données fournies. Mais les libraires, même les plus solidaires du secteur ne sont pas prêts à le faire, pour des arguments pas toujours rationnels.

D’autre part, plusieurs éditeurs mentionnent la tarification comme un frein, puisqu’elle est basée sur le chiffre d’affaires sans aucune pondération et ce coût vient en suppléments des services d’information déjà offerts par leur diffuseur/distributeur. Il ne s’agit pas d’information en temps réel, mais le décalage dans le temps est compensé par des informations fiables.

Comme le mentionne Louise Alain directrice marketing des éditions Alire, l’information sur les ventes réelles à la semaine pourrait être intéressante, mais la valeur de cette information ne vaut pas le coût, puisqu’elle obtient toutes les informations nécessaires de son fournisseur, en l’occurrence les Messageries ADP. « Pour que Gaspard devienne vraiment efficace, il devrait obliger tous les libraires et détaillants à donner leurs chiffres et à tous les éditeurs à s’abonner » suggère-t-elle. Que ce soit par législation ou comme condition à l’agrément.

Le défi de la représentativité

À moins d’obtenir 100% des données de ventes de livre à la caisse, les utilisateurs de Gaspard ou même de BNC SalesData doivent utiliser une règle de trois pour extrapoler les résultats. Par contre, pour effectuer une inférence statistique, l’échantillon doit être connu, afin que les résultats soient le plus représentatifs possible.

À moins d’y mettre le temps comme le suggère Daniel Desjardins des éditions Ulysse, qui s’accommode très bien de Gaspard dans l’état actuel des choses. Il est en mesure de distinguer les différents réseaux de ventes en observant le niveau des prix, qui sont systématiquement plus bas en grande diffusion.

En plus de ne pas connaître la représentativité des données qui sont présentées, l’échantillon des détaillants demeure malgré tout trop restreint. Malgré les lacunes du nouvel outil, il y a consensus sur le besoin d’un service comme Gaspard. Le défi est maintenant de rallier tous les acteurs du secteur.

À cet article, permettez-moi d’ajouter quelques remarques supplémentaires.

Données régionales

Une des lacunes du service actuel de Gaspard est l’absence de données régionales. À ce titre, il n’est pas nécessaire d’avoir des données pour les 17 régions administratives du Québec, mais au moins les plus significatives tout en distinguant les ventes hors Québec. Par exemple, on pourrait établir deux régions urbaines, Montréal et Québec, puis quelque 5 régions qui couvrent l’ensemble du Québec, afin de donner une meilleure information commerciale. Pour les éditeurs une possibilité accrue d’analyser les impacts des tournées d’auteurs, des publicités et comptes rendus des médias régionaux, etc. Pour les libraires, une possibilité de se benchmarker,en terme d’offre comme en terme de chiffre d’affaires.

Le Palmarès Gaspard – Le Devoir

Après avoir argumenté le manque de données et le maque de représentativité, prémisse à toute inférence statistique, je trouve étonnant que Le Devoir prétende présenter un « vrai palmarès ». Étonnant, puisque nous ne connaissons pas la composition de la collecte de données et qu’on ne peut donc conclure, quant à moi. Le palmarès de Renaud-Bray et d’Archambault a une plus grande valeur, puisque les paramètres sont connus :

Le palmarès Gaspard-Le Devoir est en effet le seul à fonder ses résultats sur une étude exhaustive et objective des ventes d’un vaste réseau de librairies. Autrement dit, il offre un véritable instantané, précis et fiable, des ventes de livres chez nous et non pas le reflet de l’activité ou des intérêts de marchands. Enfin, un vrai palmarès! , Le Devoir, 11 septembre 2010

Communication et Transparence

Sur le site de Gaspard, on mentionne les avantages pour les libraires et pour les éditeurs d’un tel service, mais je crois que les communications devraient y être plus ouvertes et moins opaques. Par exemple, on pourrait mettre en ligne les éléments suivants :

  • Les présentations PowerPoint d’information et de formation au système;
  • Différents types de requêtes préformatées : celle des titres en lice au Prix des libraires par exemple.
  • Permettre une période d’abonnement-test de 30 jours accessible et ouvert à tous, comme la majorité des logiciels vendus sur le Web.

Pour la rédaction de l’article dans Livre d’ici, j’ai eu une démonstration du système Gaspard, mais je n’ai pu le tester moi-même pour des raisons de confidentialité.

J’en profite pour remercier, en plus des personnes citées dans l’article,les éditeurs et libraires pour leurs commentaires, particulièrement:

La lecture sociale propulsera le livre numérique.

La lecture sociale aura un impact important sur la structure du marché du livre numérique à court et moyen terme et aura un impact sur l’ensemble du marché à long terme.

Premièrement parce que l’avantage concurrentiel que ce service d’interaction sociale des lecteurs avec leur entourage et avec les personnes qui partagent des intérêts similaires favorisera les joueurs qui proposent un service de lecture à valeur ajoutée. Ce service de lecture sociale permettra de fédérer les lecteurs, et il pourra être monétisé soit par des redevances ou par la vente directe de livre numérique.

Deuxièmement, l’impact à long terme pourra se faire sur la capacité d’accaparer des portions importantes du marché du livre numérique d’abord, puis peut-être celle du livre papier.

On peut l’observer actuellement, ce sont des sociétés tierces au marché traditionnel du livre (BookGlutton, Rethink Book, The Copia, etc.) qui se préparent à occuper le terrain de la lecture sociale, à l’exception de Kobo qui a implanté les meilleures pratiques d’Open Bookmarks et continue certainement de faire travailler ses ingénieurs à l’élaboration de services tels que le proposent Copia et Social Book.

On ne doit pas négliger l’importance du partage des œuvres et des contenus. Aujourd’hui, il est à mon désavantage de lire La Presse en format papier puisqu’un article d’intérêt que je souhaite partager avec mon réseau ne peu l’être, aussi bien lire directement sur le Web avec une tablette ou sur mon ordi. Les lecteurs auront bientôt un réflexe similaire avec les livres et les longs articles, ils voudront partager de quelconque façon leur bibliothèque et leurs lectures.

Note : Je développe la nomenclature de ces opérations dans La lecture Sociale, livre à paraître chez NumérikLivres dans la collection Comprendre le livre numérique.

Voir les autres présentations : What is the Copia

Copia, en vente seulement aux États-Unis pour l’instant est certainement l’application iPad de lecture sociale la plus aboutie jusqu’à maintenant et comporte les éléments essentiels à une réelle valorisation des échanges communautaires autour du livre. L’expérience de lecture se décline en différents niveaux d’appréciation. L’utilisation de ses réseaux est plus riche que ce que nous avons connu jusqu’à maintenant où le partage, qu’il soit externe au livre ou intégré;  et où les échanges se font à la fois sur les réseaux traditionnels  (Facebook, Twitter, Tumblr, etc.) mais également au sein même de l’application se font également sur plusieurs niveaux relationnels et communautaires.

Ce service se décline sous tous les plateformes, à l’instar de Kobo et Google eBookstore. À la différence de Social Book, Copia vend directement les livres numériques via son application. Il s’agit donc d’une transformation de marché importante, déjà entamé et annoncé avec BookGlutton et consorts. À la différence que l’aspect social est mieux structuré et tient compte de meilleure façon de l’aspect hétérogène de nos multiples sphères sociales.

Je vous invite à vous joindre à l’application pour ordinateur, nous pourrons tester et explorer ensemble les possibilités de la lecture sociale selon Copia. Je vous invite aussi à commenter sur ce billet votre appréciation de ce service, les bons et mauvais aspects que ce soit le wireframe, les niveaux d’échanges et de partage, les modalités de relations entre les personnes et leurs bibliothèques. Mon profil: Liboiron.


Rethink Books

Jason Johnson, fondateur avec Jason Illian de Rethink Books, présentait au TEDxEast en novembre dernier les modalités de son application Social Books. Son constat est clair : nous lisons de moins en moins. Nous pouvons faire le même constat au Québec. Il croît que la lecture sociale pourra favoriser les échanges sur le livre, le propulser un peu plus ans la sphère sociale sur le Web:

C’est l’éditeur Ingram qui est le bailleur de fonds de cette nouvelle startup. Ce qui explique peut-être le choix stratégique de l’application Social Book de ne pas faire de ce service un service de vente, mais un service qui s’intègre aux marchands.

Rethink Books fait le pari, tout comme Copia, que les gens partageront non seulement les articles courts, les clips de 3 minutes et moins, comme c’est le cas maintenant, mais également les formes plus longues de lecture. On peut d’ailleurs remarquer la tendance depuis la sortie du iPad qui a réhabilité la lecture de plus longs articles, notamment avec Long Reads sur Flipboard, qui reprend les articles de format plus extensif de différentes sources. Évidemment, les applications de lecture de livre numérique ont favorisé la lecture de livre en format numérique, mais trop souvent en imitant le modèle du livre papier.

Le livre numérique permet un nouvel écosystème de la lecture, un potentiel trop souvent inexploité.

Si le sujet vous intéresse et souhaitez être avisé de la sortie prochaine du livre La Lecture sociale, abonnez-vous par courriel ou RSS sur Comprendre le livre numérique. Je l’annoncerai également sur ce blogue.

Autres billets sur la lecture sociale:

Promotion du livre numérique par la lecture sociale


La définition même du livre est bousculée par les changements technologiques, mais ce n’est pas autant le livre qui subira les plus grandes transformations, c’est surtout la lecture. Les modes de lectures se métamorphosent et un des exemples les plus marquants est la lecture sociale, qui prendra tout son sens avec le livre numérique.

Lire est évidemment un acte solitaire, par contre la majorité des lecteurs désire partager ses lectures avec son entourage. Mais comme l’acte de lire et la rencontre sociale ne sont souvent pas en phase, ce partage n’est pas aussi efficace et l’échange n’a pas suffisamment lieu en temps réel.  L’échange de clips musicaux ou d’extraits de film se fait plus aisément, parce que le contenu est disponible et parce que des plateformes comme Youtube, Flixster et Facebook permettent de les échanger avec son réseau en toute transparence, même chose avec les articles des quotidiens ou les billets de blogues.

Pour le livre, c’est un peu compliqué. Facebook permet l’intégration de widgets pour indiquer à ses amis ses lectures du moment, mais rien pour partager réellement sa lecture, une citation, des extraits, peu importe, au moment de la lecture. Le livre n’est pas ouvert sur le Web. En fait, il le devient de plus en plus, particulièrement sur les sites de lecture sociale.

Augmenter le capital conversationnel du livre est le grand défi du marché du livre numérique, mais du marché du livre point.

Un site de lecture sociale permet de mettre les lecteurs en réseau selon leurs intérêts et leurs goûts littéraires. Le catalogage ou la catégorisation de ses livres par mots-clés permet à la fois de définir le livre pour qu’il soit relié à d’autres livres du même genre dans ce réseau, mais permet aussi de définir ses goûts et intérêts pour être reliés à d’autres lecteurs.

Contrairement aux algorithmes de suggestions de lecture basées sur sa propre bibliothèque, comme Amazon le fait notamment, la mise en relation des bibliothèques des lecteurs permet des suggestions plus naturelles et plus appréciables. Les recommandations sont faites par des « pairs » et donc ont souvent une meilleure portée.

Mettre en relation les lecteurs et relier les bibliothèques de chacun d’eux implique également la constitution de regroupements, de clubs, de forums où les usagers contrôlent les paramètres

Site et applications de ventes de livre

Actuellement, les sites transactionnels des libraires québécois, qu’ils offrent des livres numériques ou papiers, comportent au mieux des applications de partage et suggestion de livres sur les médias sociaux, mais ne créent pas de communauté. Amazon permet depuis longtemps les commentaires et les notes d’appréciation, la création de liste de lecture, mais sans interactions directes entre les clients. L’achat de Shelfari a changé cela.

Le développement de site Web transactionnel et d’application devrait intégrer des plateformes d’échanges entre les clients et lecteurs pour accroître la fidélisation et la récurrence des visites.

Réseaux sociaux

Les dernières données du CEFRIO sur l’usage des médias sociaux indiquent que 45% de la population canadienne utilise Facebook et 42% au Québec. La progression est impressionnante et démontre un changement fondamental du web. La participation des internautes sur Facebook est passée de 34% en 2009 à 48% en 2010, l’engagement dans ces nouveaux médias est majeur. (NetTendances, p.4, PDF)

Le temps consacré aux médias sociaux à aussi augmenté significativement et occupe le quart du temps en ligne :

Les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter connaissent une forte croissance aux États-Unis, cette augmentation est de 43%, avec un 23% du temps consacré à ces sites de réseautage. What American do Online.

Les internautes québécois sont particulièrement engagés et actifs sur ces réseaux sociaux, et plus ils sont jeunes et plus ils sont actifs. On observe, par ailleurs, déjà un changement dans la dernière année ou la tranche des 35 à 54 a significativement augmenté leurs engagements et ce profil démographique est une clientèle qui comporte plus de lecteurs et acheteurs de livres assidus.

Influence et la recommandation : De manière générale, les lecteurs de recommandations sont surtout les jeunes professionnels dotés d’un fort pouvoir d’achat et sont les plus sensibles aux messages en lien avec les entreprises qui sont véhiculés dans les médias sociaux :

Les deux tiers des internautes lisent des avis et des recommandations sur un produit ou un service avant d’acheter, et 74 % d’entre eux affirment que les informations qu’ils y trouvent influencent leur choix. NetTendances

Bien que l’activité principale soit la socialisation avec les membres de son réseau, le divertissement, la recherche d’information et de recommandation, le partage de ses centres d’intérêt ne sont pas négligeables.

Site de lectures sociales

Les sites de lecture sociale sont plus que des clubs de lecture enrichis. Avec le livre numérique, les lecteurs enrichissent le contenu du livre par leur commentaire au profit de leur réseau.

Il est important qu’il y ait une interface avec les autres réseaux sociaux, avec les sites transactionnels ou avec ceux des éditeurs et des auteurs pour que le site devienne un véritable outil et point pivot de la promotion de la lecture et du livre.

Le succès de tel site réside aussi sur la capacité de créer des groupes spécifiques, des créneaux sur des sujets et des thèmes porteurs, mais dans un catalogue le plus large possible.

Applications pour les éditeurs

Les éditeurs peuvent créer des microsites de lecture sociale sur un thème porteur, voire sur une collection, un unique titre ou un auteur. Un site d’échanges sur l’histoire du Québec, par exemple, rassemblera les amateurs sérieux, les auteurs et chercheurs, qui seront actifs et influenceront une autre part de cet auditoire. Cette communauté sera en mesure de relayer le contenu des œuvres et des discussions sur d’autres plateformes et sites spécialisés

On peut le faire au sein même de sites de lecture sociale ou de manière indépendante. La première avenue est certainement la plus profitable pour s’adjoindre régulièrement un nouvel auditoire.

Applications pour les libraires

L’utilisation d’une application de lecture sociale, qui soit intégrée à un site transactionnel ou parallèle, est certainement plus profitable pour les libraires,  parce que leur offre est générale et exhaustive. Le succès d’un site de lecture social est d’abord l’étendue du catalogue, c’est vraiment là le nerf de la guerre.

En plus de fidéliser sa clientèle, on apprendra encore plus sur le comportement de lecture des visiteurs en plus de son comportement d’achat. Les applications comme Kobo, iBooks et Kindle consignent les habitudes de lectures de ses détenteurs. On peut ainsi mieux répondre aux besoins de ses clients et communiquer avec eux au moment opportun et faire des offres mieux ciblées.

Internet est un marché de créneau, les librairies peuvent donc développer un créneau distinctif, même s’ils sont généralistes. Les amateurs d’histoire, de cuisine peuvent ainsi se regrouper dans un club de lecture animée et enrichie par un libraire ou non.

Le peu d’espace médiatique consacré aux livres, à la littérature et aux essais, mais surtout l’importance des recommandations des « pairs » qui favorise l’émergence et le développement de sites de lecture sociale. Le  livre est un des derniers produits culturels ou médiatiques à entrer dans l’ère numérique, outre l’objet lui-même, les pratiques de promotions et d’échanges autour de lui sont aussi primordiales pour son dynamisme.

Sites de lecture sociale et leurs meilleures pratiques. 2/2

Beaucoup de sites de lecture sociale sont disponibles pour les amateurs de lecture et de littérature, les offres sont par contre inégales et l’expérience varie énormément d’un site à l’autre. Le spectre passe d’un simple catalogage à une réelle interaction avec les autres lecteurs aux goûts similaires. Voici les points saillants des sites les plus importants sur Internet actuellement, où le livre numérique fait progressivement son apparition.

Meilleurs de classe :

Actuellement, le site compte 1 200 000 usagers et 56 millions de livres catalogués. Ce qui en fait la communauté la plus active et participative de tous les sites de lecture sociale. Le système de catalogage est fiable et très élaboré, par la participation active des membres et la richesse des mots-clés. La base de donnée alimenté par Amazon,  la Bibliothèque du Congrès et des centaines de bibliothèques publiques.

L’originalité et la qualité des recommandations de Librarything sont dues notamment au programme Early Reviewers qui favorise l’ajout de commentaires sur les nouveautés. De plus, la bibliothèque s’enrichit d’un Common Knowledge, c’est-à-dire toute information pertinente sur l’auteur et le livre, les prix littéraires, les personnages, etc.

Le site est rebutant et semble vraiment destiné à des pros de l’archivage; il n’y a aucune couverture de livre dans les menus généraux, les pages sont remplies de listes de mots-clés, bref un peu de design ne nuirait pas.

Fondé en octobre 2006 et acheté par Amazon en 2008. Shelfari comporte tous les éléments qui favorisent la fréquentation, la contribution et l’échange des membres. Les modules sont intégrés, comme pour les opérations des ensembles, par inclusion, intersection et réunion. Les titres proviennent évidemment de la base de données d’Amazon.

Depuis peu, une application se retrouve dans les liseuses Kindle sous la rubrique Book extras. Ce qui permet une réelle intégration entre le site de lecture sociale et le livre numérique. Le système d’invitation des amis est critiqué et pourrait être amélioré.

L’exemple d’une professeure, qui a créé un groupe de discussion sur une oeuvre au programme pour permettre à ses étudiants échanger entre eux, Mrs Nage’s Class, est éloquent sur les possibilités de tels groupes. On peut faire des variations sur tous les thèmes et dans beaucoup de contexte.

LivingSocial est un site de catalogage et partage de produits culturels et de consommation, dont le livre est le plus populaire. Leur application initialement nommée Visual Bookshelf a été la première à s’intégrer à Facebook . La présentation des profils et des bibliothèques des lecteurs favorise l’exploration. L’ergonomie et le graphisme du site sont simples et efficaces, l’information est facilement repérable. La page des tendances permet de suivre les activités liées aux mouvements des livres selon différents critères. Par contre, il n’y a pas de système de catalogage ou de mots-clés pour classifier ses livres.

Disponible en anglais et en français, mais dans une version médiocre. Le site est fréquenté par 3,6 millions de membres et il y a plus de 100 millions de livres au catalogue.

Les profils des lecteurs sont bien étayés et permettent une exploration facile, ainsi qu’un référencement croisé grâce aux différents modules comme la bibliothèque, les mots clés, les clubs de lectures, etc. De plus, on peut choisir entre suivre quelqu’un ou être son ami. Le meilleur de Facebook et de Twitter.

Avec ses 30 000 groupes et les listes thématiques, Listopia, Goodreads est un des sites du genre les plus achalandés. Les lecteurs peuvent également bloguer sur leur profile et partager leurs billets sur les autres médias sociaux.

Pour les achats, on relaie à des sites tiers : Amazon, Renaud-Bray, Archambault, Indigo, etc.

Une application iPhone est disponible. Les widgets de Goodreads pour les blogues et Facebook sont les plus utilisés. Le livre numérique est disponible à la vente :

Goodreads eBooks are in ePUB format, DRM-free, with authors setting the price and getting 70% of the revenue, payable via check or Paypal at any point after they’ve earned $50. DBW

La plus grande originalité de BookGlutton est la possibilité d’annoter et de commenter dans le livre numérique lui-même et de partager ses commentaires avec les autres lecteurs de ce livre ou sur Facebook. La lecture ne se fait que sur un navigateur, ce qui n’est pas très convivial et pratique. L’application iPad, en préparation, viendra peut-être corriger ce défaut.

Bien que les profils des lecteurs ne soient pas suffisamment accessibles et développés, en  plus d’avoir des interactions limitées, on peut suivre certains lecteurs ou les membres de club de lecture peuvent échanger directement à l’intérieur du livre. L’exemple de Mrs Nage’s Class est ici poussé un peu plus loin, car les commentaires sont associés au déroulement de la lecture.

C’est donc un des rares sites de lecture sociale à intégrer le livre numérique et non pas simplement les références et commentaires du livre papier. Comme le site est transactionnel, on est en présence d’un nouveau joueur sur le marché du détail, qui entre en compétition avec les librairies pour le livre numérique.

Babelio est un des trop rares sites en français avec des titres de langue française : près de 20 000 membres et plus de 850 000 titres.

Les pages de profil de lecteurs et des titres sont exhaustifs, par exemple, il est intéressant de voir les lecteurs qui sont en ligne, à la manière de Facebook. Par contre, le plus grand défaut est l’absence de groupes et de clubs de lecture, les contributions demeurent statiques et sans grandes interactions.

Babelio est également associé à Babelthèque qui sert à mettre en réseaux les bibliothèques publiques entre elles.

Certainement le site qui intègre le mieux l’aspect social du partage sur les livres. Les modules sont bien structurés et présentés, avec une volonté d’inclure, grâce à Author’s corner, les auteurs dans les échanges avec les membres, les inclure dans la conversation autour de leurs livres.

Seul site québécois :

Fondé en 2007 par Mylène Lavoie, bibliothécaire, Pause lecture est le seul site du genre au Québec. L’objectif du site est de fournir une banque de données de recommandations de lecture, grâce à la contribution des membres qui ajoutent leurs commentaires et critiques aux résumés de l’éditeur. Le site reçoit près de 20 000 visiteurs par mois qui consultent quelque 40 000 pages.

Malgré cet intérêt marqué, la plus grande lacune du site est le nombre restreint de titres, seulement 7 500. Le site n’est pas alimenté par une base de données et compte sur la participation des éditeurs et des fournisseurs pour alimenter le site en informations sur les nouveautés.

Autres sites :

Propriété de Harper Collins UK.  La base de données contient tous les livres en anglais qui comportent un ISBN, dont 6 millions de livres comportent une note ou un commentaire.

8 000 membres et 74 000 livres. Classification des membres selon le degré d’importance de leurs contributions. Aucun groupe et peu d’applications sociales.

1500 utilisateurs et 65 000 livres. Aussi sexy qu’un tableau Excel.

Site en anglais et italien. Les lecteurs sont peu en relations et difficile d’accéder à des profils d’intérêt communs. Structure similaire a BookArmy.

Site en français. 20 milles membres et quelque 1 millions de livres et 23 000 critiques. Les actualités littéraires sont pertinentes. Les critiques des bibliothécaires, des libraires et des lecteurs sont distinctes et identifié. Manque d’interaction sociale, mais les liens avec bibliothèques et librairies enrichissent l’expérience de l’achat ou emprunt de livre papier vers des sites tiers.

Spécialisé dans les mangas et les DVD d’animation. Module de statistique très informatif sur les actions et critiques liés aux membres comme aux titres. Permet un réel réseautage sur ses champs d’intérêts.

Communauté de lecteurs de livres numériques qui est un mélange entre de l’autopublication et la coproduction (crowdsourcing). Propose les titres du Projet Gutenberg. Toutes les applications sociales ci-trouvent, disponible sur iPhone et iPad. Manque d’interaction sociale entre les membres.

Vous connaissez d’autres sites de lecture sociale? Merci de les partager ici en laissant la référence dans les commentaires, avec vos appréciations..

Sites de lecture sociale et leurs meilleures pratiques. 1/2

Les sites de catalogage ou de lecture sociale ont fait leur apparition en 2005-2006, LibraryThing étant le précurseur et un des plus importants. Au début, ces sites étaient plus proches de sites comme Delicious que de site de réseautage comme Facebook. En 5 ans, on est passé de catalogage social, où la principale contribution est la classification des livres par mots-clés, à lecture sociale proprement dite, soit à une réelle interconnexion des membres entre eux structurée autour de leurs préférences littéraires et axée sur les échanges.

Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es! Cet adage est tout indiqué pour décrire ces réseaux de lecteurs, qui commentent, classent et catégorisent les livres de leur bibliothèque qu’il partage avec les autres membres et amis. La lecture sociale permet maintenant de partager des passages d’un livre, de se regrouper en club de lecture thématique, bref d’avoir une conversation basée sur ses lectures et la littérature. Le slogan de BookGlutton est d’ailleurs, les livres sont des conversations.

Les meilleures pratiques des sites actuels de lecture sociale.

Voici les caractéristiques des meilleures pratiques actuelles qui visent à favoriser les échanges autour de la littérature et du livre. Pour être efficace, un site de lecture sociale doit intégrer des éléments qui encouragent la fréquentation, mais surtout la participation des membres, à l’instar de médias sociaux, comme Facebook, Twitter, Tumblr et les blogues en général. Voici donc :

- Offrir une véritable interaction entre les différents modules que composent un réseau social : Livres, membres, champs d’intérêt et lieux d’échanges. Ainsi, un profil des membres comprend, livres (lu, à lire, souhaité), contributions, commentaires, groupes, champs d’intérêt (grâce aux étiquettes), amis, discussions, etc. La page titre comprendra, par exemple, les lecteurs (lu, à lire, souhaité), suggestion d’autres titres, les commentaires, notes d’appréciation, groupe d’appartenance, catégories, etc.

- Alimenter le site par une base de données fiable et qui est intégrée au site. La majorité utilise Amazon et Bookdepository. La saisie de titres par les lecteurs devrait être marginale et réduite au minimum, tout en étant accessible.

- Permettre une grande flexibilité de catalogage des livres de sa bibliothèque, qui soit simple et complémentaire à celui de l’administrateur. D’ailleurs, tous les champs de référence d’un livre (métadonnées) devraient être une porte d’entrée des recherches et de l’exploration.

- Offrir un système de notes ou d’appréciation, de recommandation et de compte-rendu de lecture.

- Favoriser l’ajout d’information complémentaire aux livres ou à l’auteur, comme les prix littéraires, adaptation au cinéma, article, description des personnages, etc.

- Simplifier le système d’invitation d’amis en utilisant les profils de Facebook et Twitter par exemple et intégrer une application synchronisée. Sur le site, il est préférable d’utiliser une asymétrie des relations, comme Twitter, étant donné que les goûts littéraires ne sont pas nécessairement réciproques.

- Animer la création et le maintien, par les lecteurs, de forums, de clubs de lecture et de groupes au champ d’intérêts communs. La contribution des usagers est primordiale pour rendre vivant le réseau, des programmes peuvent être élaborés pour susciter l’adhésion et la contribution.

Le lancement de Ping sur iTunes par Apple, il y a quelque mois a déçu les utilisateurs même les plus enthousiastes, parce que les interactions sociales nécessaires pour la création d’un réseau ou d’un média social n’étaient pas au rendez-vous. Aussi, parce que les fonctionnalités se limitaient à mettre en vitrine les produits plutôt que de favoriser les conversations autour de la musique; la recommandation par les pairs ou par les professionnels a besoin d’un véhicule sur le Web, là où se trouvera bientôt le quart des lecteurs et la majorité des acheteurs de livres.