Voici mon commentaire sur le premier roman de Catherine Leroux tel que publié aujourd’hui sur La Recrue du mois. Je vous invite fortement à y lire les commentaires de mes autres collègues, mais aussi le questionnaire auquel l’auteure répond.
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Le livre comporte en première page un arbre généalogique de cinq générations de la famille Brûlé; je m’attendais donc à une saga familiale et sa chronologie habituelle d’événements heureux et malheureux, de l’évolution du récit d’une génération à l’autre. Mais, ce n’est pas tout à fait cela et c’est tant mieux. Le style est fin, la narration habile et éclatée. Les différentes histoires composent un immense kaléidoscope, qui pourrait méduser le lecteur, mais l’auteure ne nous laisse pas nous perdre trop longtemps dans les bois, elle nous rattrape et nous relance vers une autre destinée.
C’est en ce sens qu’on peut qualifier ce roman d’ambitieux.Cette saga familiale n’a rien de linéaire ou de chronologique, elle est plutôt construite par couches successives de révélations sur ses membres et ce qui les lie, sur leurs aspirations et leur destin.
L’auteure raconte l’histoire de cette famille par des contrepoints, comme on dit en musique, par des enchevêtrements des récits des uns et des autres membres du clan, parfois reliés, parfois indépendants. Comme dans la plupart des familles, les événements qui les marquent sont connus par bribes et leur sens se précise plus tard. C’est aussi ce qui rend la lecture palpitante.
On suit donc la famille de Fernand et de sa nouvelle femme, puis celle de ses quatre enfants et ses petits-enfants. Leur histoire est entrecoupée de celle de leur aïeule, Alma, ayant vécu au 19e siècle. Son histoire éclaire les événements du clan Brûlé en quelque sorte où la famille est le pivot : « Les parents constituent un bloc, une force unique, une voix qui dicte l’ordre du monde. Cette conception doit se réorganiser après une séparation. » En fait, chacun réorganise sa vie selon les événements qui les frappent…
C’est un roman sur la famille, mais aussi sur les parcours de vies, les choix que nous faisons et l’impact de ses actes sur sa vie et celle des autres. Les personnages sont attachants, leur psychologie est approfondie et l’écriture est belle et limpide.
Si la forêt est aussi réelle et présente dans la vie des générations des Brûlé (le patronyme n’est pas non plus anodin), elle se veut également une métaphore des liens que tissent les membres de la famille en autant de chemins et de ramifications possibles. Le roman s’ouvre, d’ailleurs, sur cette phrase : « C’est un homme qui marche sur des sentiers qu’il ne connaît pas, et qui, à chaque embranchement, choisit le plus étroit des chemins. »
La marche en forêt se lit avec un bonheur troublé. C’est un roman émouvant sur la condition humaine avec un sens de la narration et parfois de dialogues amusants. Espérons que nous retrouverons ces membres de la famille Brûlé et les autres qui sont restés dans l’ombre.
La marche en forêt
Catherine Leroux
Éditions Alto, 2011
312 p
Version numérique PDF et feuilletage



