Twitter, Renaud-Bray et compagnie.

Depuis la fin janvier, j’observe le compte de Renaud-Bray sur Twitter avec beaucoup d’intérêt, et de tout le secteur du livre au Québec par ailleurs, éditeurs comme libraires. Je ne crois pas me tromper en affirmant que Renaud-Bray a adopté la stratégie corporative la plus efficace jusqu’à maintenant dans la twittosphère du livre.

La majorité des comptes d’éditeurs ou de libraires sur Twitter font de la diffusion à sens unique (broadcasting) ou discute entre professionnels et amateurs sérieux. De proposition de concours à des promotions ponctuelles, de l’annonce de nouvelles parutions aux activités d’auteurs, la communication en général n’incite que très peu à l’interaction avec leur auditoire. La valeur du compte de Renaud-Bray, quant à moi, vient de sa qualité d’écoute et sa capacité à s’intégrer de manière pertinente à la conversation sans faire de push ostentatoire, tout en ayant une pointe d’humour. Avec leur signature identifiable, les Tweets ont déjà leurs émules.

Les marques sur Twitter

La présence des entreprises et des marques sur les réseaux sociaux est de plus en plus importante. Par contre dans le secteur du livre, cette présence est faible, mal planifiée et trop souvent manque de pertinence. La difficulté demeure toujours, en plus de trouver des critères d’évaluation de rendement de cette activité, d’en comprendre les us et coutumes.

De plus, sachant que près de 24 % des Québécois achètent pour environ 430 millions de dollars sur le Web mensuellement (Cefrio) et que de 5 % à 15% de l’achalandage des sites et des blogues proviennent directement des réseaux sociaux, la stratégie employée peut avoir un impact non négligeable sur les ventes, mais surtout sur le brand awareness (la sensibilisation à la marque). Sans oublier, que Google et autres moteurs de recherches tiennent maintenant comptes dans les résultats de recherche du filtrage social (iThink.fr)

La chaîne de librairies Renaud-Bray est sur twitter depuis le 31 janvier avec des citations d’auteurs qui renvoient vers la page du livre sur leur site Web. Les citations sont souvent intrigantes, parfois amusantes et en général soulèvent la curiosité et incitent à l’action. À titre d’observateur, je nai pas le résultat de ce projet pilote que mène Renaud-Bray, sur le nombre de cliques généré par les utilisateurs de Twitter sur leur site, ou les achats générés, etc., par contre en terme de branding c’est réussi, l’utilisation de Twitter est efficace.

Il est possible tout de même d’analyser l’impact des messages de Renaud-Bray sur Twitter sur son réseau, comment leur message est « amplifié » par ses membres et l’influence qu’il a sur son réseau. Klout est un outil d’analyse d’influence  dans les réseaux sociaux, en fait Twitter et Facebook. Klout propose une note globale basée sur 35 paramètres regroupés en trois grands critères : Portée réelle, Amplification, influence du réseau (mesures Klout)

L’outil a ses limites et doit être utilisé selon ses propres objectifs, mais demeure un bon indicateur des actions et interactions sur Twitter et Facebook.

Bâtir sa présence sur Twitter

Pour se bâtir un auditoire, Renaud-Bray s’est abonné aux blogueurs, journalistes et professionnels du milieu du livre et de la culture en général pour ainsi générer une base, ce qui est la pratique courante. Par la suite le défi sera de bâtir un réseau constitué de clients et de prospects encore plus vaste, d’où l’importance de voir ses Tweets retweetés par son réseau vers d’autres utilisateurs. Selon Klout, le message de la chaîne de librairies passe bien et est relayé par les Tweeteurs, en plus des mentions spontanées. Cette présence doit évidement être articulée avec le mix-marketing. C’est toujours hasardeux de comparer, mais voici comment les deux chaînes concurrentes se distinguent quant à la portée de leur message au sein de leur réseau.

Facteurs de succès sur Twitter pour une entreprise

Réciprocité.

Klout notera négativement le fait d’avoir plus d’abonnements que d’abonnés et c’est certainement le critère le moins préoccupant dans une stratégie de développement. Pour une entreprise, l’importance de la réciprocité est majeure. Premièrement, parce qu’il s’agit d’une reconnaissance de relation avec les autres et deuxièmement pour que les abonnés puissent envoyer des messages directs. Suivre en retour vous assure également de conserver votre réseau sans qu’il s’effrite

Si vous croyez que le flux de tweets sera trop difficile à gérer utilisez les listes, elles sont pratiques pour suivre le flux de Twitteurs sélectionnés. Pour gérer les abonnements et faire le ménage des comptes inactifs ou moins intéressants, j’utilise Tweepi.

Pertinence et conversation

Les tweets de Renaud-Bray tiennent compte de la conversation en cours sur Twitter où les buzz du moment. Par exemple, lors de la sortie du Google doodle de John F. Kennedy, R-B a diffusé la citation de l’ancien président en recommandant un livre sur les grands discours qui ont changé le monde. Cette synchronicité lui assure des RT de ses messages.

L’importance du hashtag #  et de l’identification @

La plupart des événements rassembleurs et des émissions de télé ou radio comportent leur hashtag ou mot-clic, le plus populaire est très souvent celui de Tout le monde en parle #tlmep. À titre d’exemple, le BookCamp Montréal #bcmtl de novembre dernier à généré plus de 900 tweets le jour même et à continué de générer des flux même trois semaines après. Pour identifier les tendances régionales et thématiques, Trendsmap.com est un incontournable.

Le hashtag pour joindre la conversation. En s’inscrivant de la sorte  dans la conversation, par exemple avec le hastag de #tlmep ou de #bazzoTV pour se joindre à leurs auditeurs, on s’adresser ainsi à un nouvel auditoire Twitter, et potentiellement acquérir de nouveau abonnés, de manière naturelle et encore plus propice à être transformer d’abonné à prospect et de prospect à client.

Joindre la conversation s’est aussi identifier par @ les personnes comme Michelle Blanc et Annie Quintin à titre d’exemple lorsqu’on les cite, on gagne ainsi en crédibilité en utilisant les codes conversationnels du médium qu’est Twitter, sans négligé le potentiel de retweetage (RT) des personnes cités. Cette stratégie peut être très efficace pour gagner en follower et en brand awareness, et parce que tout le monde ne fait pas de veille sur ce qui est dit à leur propos sur le Web. Pour une entreprise ou une marque, ce n’est pas tant les tweets envoyés à son propre auditoire qui compte, mais l’activité qui en découle sur son réseau.  C’est un indicateur d’influence et de pertinence.

Service client

Maintenant que R-B est sur Twiiter, déjà certains clients réfèrent spontanément au compte dans leur message. La seule présence sur Twitter, assure le relaie de tiers sur la présentation de la marque. À preuve, Archambault a pu rectifier le tir d’un message d’une cliente insatisfaite adressé à Michelle Blanc #lms101 sur Twitter.

Stratégie de segmentation.

Des sites généralistes qui couvrent plusieurs champs d’intérêt doivent considérer la segmentation de leur compte Twitter. Par exemple, le Mur mitoyen, le Huffington post et Cyberpresse par exemple, utilisent la segmentation de leurs comptes afin de mieux se coller à leur auditoire, tout en s’assurant de ne pas « polluer » leur communication de messages non pertinents. Nous sommes dans une économie de l’attention, les internautes valorisent l’information sur mesure et de créneau, autrement le risque est qu’ils cessent de vous suivre. La contrepartie de cette stratégie est la fragmentation de l’auditoire et une présence diluée. Mais c’est le prix à payer pour demeurer pertinent et utile à son réseau.

Si on reprend l’exemple de Renaud-Bray, les messages diffusés concernent majoritairement des titres de livres destinés à une clientèle adulte. Ce projet, j’imagine vise à identifier les messages les plus porteurs pour la communauté et une segmentation pourrait être effectué par la suite, mais pas au détriment de l’image de marque de Renaud-Bray qui est basée, notamment,  sur une offre exhaustive et une très large sélection de livres. Cela dit, les titres jeunesse et les jeux pourraient être communiqués par un autre profil.

Je vous laisse sur la présentation de Diane Bourque qui explique les bases de Twitter et comment Tweeter sans se fatiguer:

Twitter pour les Twits : Utiliser Twitter en entreprise

Le Prix des libraires du Québec devient social avec Pause Lecture

Dans la foulée du dévoilement des finalistes le 25 janvier dernier, le Prix des libraires du Québec s’associe à Pause Lecture pour proposer le Club de lecture du Prix des libraires. Les lecteurs sont ainsi invités à commenter en donnant leur appréciation de lecture des 10 titres en lice, soit 5 romans québécois et 5 hors Québec.

En mettant à disposition du public un moyen de donner leur appréciation de lecture des livres sélectionnés par le jury, on favorise un plus grand engagement du public, tout en favorisant également la visibilité des titres en lice et le processus de sélection. Un espace de dialogue avec les libraires est maintenant possible, avec leurs commentaires et ceux des jurées, on lèvera un peu le voile sur les critères de choix et on pourra observer les échanges avec le public.

Le projet est en phase expérimentale, bêta comme disent les développeurs Web. Cette première expérience mettra la table pour la suite des choses, c’est-à-dire que le Club de lecture pourra être intégré dès le début du dévoilement de la liste des titres préliminaires, dévoilée en novembre lors du Salon du livre de Montréal. Il pourra intégrer plus de fonctions sociales et de partage. Il est actuellement possible de recommander les titres sur Facebook, mais pas ses commentaires.

Le défi des libraires dans l’univers numérique est de demeurer des prescripteurs auprès des lecteurs, leur présence sur les médias et les réseaux sociaux assure, notamment, une pertinence du métier quant aux conseils qu’ils fournissent. Comme la mission du Prix des libraires est à la fois la reconnaissance du métier de libraire et de son rôle de prescripteur et de conseiller, mais également de promotion de la lecture, ce partenariat et cet appel au public à participer au Club de lecture, me semble une initiative importante à suivre.

Le Prix des libraires du Québec, chapeauté par l’ALQ (Association des libraires du Québec) en est à sa 18e édition et rappelle chaque année l’importance des libraires dans la chaîne du livre et grâce à lui, le livre et la lecture:

Le Prix des libraires du Québec est unique dans le paysage littéraire québécois, parce qu’il célèbre la curiosité, le dévouement et le professionnalisme des libraires. Il met également en lumière le rôle qui est le leur : celui de prendre le pouls de la production éditoriale d’ici et d’ailleurs, de se laisser émouvoir, surprendre, voire choquer par les livres. La suite est affaire de rendez-vous entre le libraire et le lecteur, entre le lecteur et le texte. Par son talent à provoquer ces rencontres prometteuses, le libraire incarne un maillon essentiel de la chaîne du livre. Communiqué de presse: Dévoilement des finalistes 2011

Pause Lecture, quant à lui, est le seul site québécois de catalogage social ou de lecture sociale. Le site propose des lectures et compte sur la collaboration des participants pour enrichir la base de données et le service en émettant des commentaires sur les livres, suggérant des similitudes d’auteurs et de titre. Chaque information est ensuite validée. Pause Lecture est en constant développement, et prévoit une entente avec livresquebecois.com.

Vous êtes libraire, bibliothécaire ou blogueur? Utilisez ce code html pour afficher le badge promotionnel du Club de lecture du Prix des libraires sur votre site, il renvoie à la page des titres à commenter sur Pause Lecture :

<a href= »http://www.pauselecture.net/prix-libraires-quebec.php »><img src= »http://www.pauselecture.net/_images/_options/prix-des-libraires.jpg »alt= »Club de lecture, Prix des libraires 2011″ width= »300″ height= »90″ border= »0″ /></a>

Pour ma part, je commenterai chacun des titres du Club de lecture du Prix des libraires. Je recommanderai mes titres préférés sur Facebook et sur Twitter. Par la suite je ferai un billet pour chacune des deux catégories avec mon choix ultime et le compte rendu de mes commentaires. Et vous?

Promotion du livre numérique par la lecture sociale


La définition même du livre est bousculée par les changements technologiques, mais ce n’est pas autant le livre qui subira les plus grandes transformations, c’est surtout la lecture. Les modes de lectures se métamorphosent et un des exemples les plus marquants est la lecture sociale, qui prendra tout son sens avec le livre numérique.

Lire est évidemment un acte solitaire, par contre la majorité des lecteurs désire partager ses lectures avec son entourage. Mais comme l’acte de lire et la rencontre sociale ne sont souvent pas en phase, ce partage n’est pas aussi efficace et l’échange n’a pas suffisamment lieu en temps réel.  L’échange de clips musicaux ou d’extraits de film se fait plus aisément, parce que le contenu est disponible et parce que des plateformes comme Youtube, Flixster et Facebook permettent de les échanger avec son réseau en toute transparence, même chose avec les articles des quotidiens ou les billets de blogues.

Pour le livre, c’est un peu compliqué. Facebook permet l’intégration de widgets pour indiquer à ses amis ses lectures du moment, mais rien pour partager réellement sa lecture, une citation, des extraits, peu importe, au moment de la lecture. Le livre n’est pas ouvert sur le Web. En fait, il le devient de plus en plus, particulièrement sur les sites de lecture sociale.

Augmenter le capital conversationnel du livre est le grand défi du marché du livre numérique, mais du marché du livre point.

Un site de lecture sociale permet de mettre les lecteurs en réseau selon leurs intérêts et leurs goûts littéraires. Le catalogage ou la catégorisation de ses livres par mots-clés permet à la fois de définir le livre pour qu’il soit relié à d’autres livres du même genre dans ce réseau, mais permet aussi de définir ses goûts et intérêts pour être reliés à d’autres lecteurs.

Contrairement aux algorithmes de suggestions de lecture basées sur sa propre bibliothèque, comme Amazon le fait notamment, la mise en relation des bibliothèques des lecteurs permet des suggestions plus naturelles et plus appréciables. Les recommandations sont faites par des « pairs » et donc ont souvent une meilleure portée.

Mettre en relation les lecteurs et relier les bibliothèques de chacun d’eux implique également la constitution de regroupements, de clubs, de forums où les usagers contrôlent les paramètres

Site et applications de ventes de livre

Actuellement, les sites transactionnels des libraires québécois, qu’ils offrent des livres numériques ou papiers, comportent au mieux des applications de partage et suggestion de livres sur les médias sociaux, mais ne créent pas de communauté. Amazon permet depuis longtemps les commentaires et les notes d’appréciation, la création de liste de lecture, mais sans interactions directes entre les clients. L’achat de Shelfari a changé cela.

Le développement de site Web transactionnel et d’application devrait intégrer des plateformes d’échanges entre les clients et lecteurs pour accroître la fidélisation et la récurrence des visites.

Réseaux sociaux

Les dernières données du CEFRIO sur l’usage des médias sociaux indiquent que 45% de la population canadienne utilise Facebook et 42% au Québec. La progression est impressionnante et démontre un changement fondamental du web. La participation des internautes sur Facebook est passée de 34% en 2009 à 48% en 2010, l’engagement dans ces nouveaux médias est majeur. (NetTendances, p.4, PDF)

Le temps consacré aux médias sociaux à aussi augmenté significativement et occupe le quart du temps en ligne :

Les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter connaissent une forte croissance aux États-Unis, cette augmentation est de 43%, avec un 23% du temps consacré à ces sites de réseautage. What American do Online.

Les internautes québécois sont particulièrement engagés et actifs sur ces réseaux sociaux, et plus ils sont jeunes et plus ils sont actifs. On observe, par ailleurs, déjà un changement dans la dernière année ou la tranche des 35 à 54 a significativement augmenté leurs engagements et ce profil démographique est une clientèle qui comporte plus de lecteurs et acheteurs de livres assidus.

Influence et la recommandation : De manière générale, les lecteurs de recommandations sont surtout les jeunes professionnels dotés d’un fort pouvoir d’achat et sont les plus sensibles aux messages en lien avec les entreprises qui sont véhiculés dans les médias sociaux :

Les deux tiers des internautes lisent des avis et des recommandations sur un produit ou un service avant d’acheter, et 74 % d’entre eux affirment que les informations qu’ils y trouvent influencent leur choix. NetTendances

Bien que l’activité principale soit la socialisation avec les membres de son réseau, le divertissement, la recherche d’information et de recommandation, le partage de ses centres d’intérêt ne sont pas négligeables.

Site de lectures sociales

Les sites de lecture sociale sont plus que des clubs de lecture enrichis. Avec le livre numérique, les lecteurs enrichissent le contenu du livre par leur commentaire au profit de leur réseau.

Il est important qu’il y ait une interface avec les autres réseaux sociaux, avec les sites transactionnels ou avec ceux des éditeurs et des auteurs pour que le site devienne un véritable outil et point pivot de la promotion de la lecture et du livre.

Le succès de tel site réside aussi sur la capacité de créer des groupes spécifiques, des créneaux sur des sujets et des thèmes porteurs, mais dans un catalogue le plus large possible.

Applications pour les éditeurs

Les éditeurs peuvent créer des microsites de lecture sociale sur un thème porteur, voire sur une collection, un unique titre ou un auteur. Un site d’échanges sur l’histoire du Québec, par exemple, rassemblera les amateurs sérieux, les auteurs et chercheurs, qui seront actifs et influenceront une autre part de cet auditoire. Cette communauté sera en mesure de relayer le contenu des œuvres et des discussions sur d’autres plateformes et sites spécialisés

On peut le faire au sein même de sites de lecture sociale ou de manière indépendante. La première avenue est certainement la plus profitable pour s’adjoindre régulièrement un nouvel auditoire.

Applications pour les libraires

L’utilisation d’une application de lecture sociale, qui soit intégrée à un site transactionnel ou parallèle, est certainement plus profitable pour les libraires,  parce que leur offre est générale et exhaustive. Le succès d’un site de lecture social est d’abord l’étendue du catalogue, c’est vraiment là le nerf de la guerre.

En plus de fidéliser sa clientèle, on apprendra encore plus sur le comportement de lecture des visiteurs en plus de son comportement d’achat. Les applications comme Kobo, iBooks et Kindle consignent les habitudes de lectures de ses détenteurs. On peut ainsi mieux répondre aux besoins de ses clients et communiquer avec eux au moment opportun et faire des offres mieux ciblées.

Internet est un marché de créneau, les librairies peuvent donc développer un créneau distinctif, même s’ils sont généralistes. Les amateurs d’histoire, de cuisine peuvent ainsi se regrouper dans un club de lecture animée et enrichie par un libraire ou non.

Le peu d’espace médiatique consacré aux livres, à la littérature et aux essais, mais surtout l’importance des recommandations des « pairs » qui favorise l’émergence et le développement de sites de lecture sociale. Le  livre est un des derniers produits culturels ou médiatiques à entrer dans l’ère numérique, outre l’objet lui-même, les pratiques de promotions et d’échanges autour de lui sont aussi primordiales pour son dynamisme.

Enjeux de l’édition numérique: clavardage avec Clément Laberge

Dans le cadre des Journées de la culture,  les Bibliothèques publiques de Montréal proposaient hier après-midi une session de  clavardage avec Clément Laberge sur les enjeux de l’édition numérique.

Clément Laberge est notamment vice-président, services d’édition numérique chez De Marque, entreprise associé avec l’ANEL (association des éditeurs de livres) dans la création d’un entrepôt numérique et de l’application pour iPad La Hutte.

Je n’ai malheureusement pu y participer, mais on peut consulter le verbatim des échanges qui portent surtout sur l’urgence d’agir et l’importance pour les acteurs de la chaîne du livre d’explorer la technologie numérique. Celle propre au livre bien sûr, mais également celle des outils de communication incontournables des réseaux sociaux.

Je retiens surtout l’importance pour les auteurs et les libraires de participer plus activement au développement du numérique. Chacun devrait joindre la conversation qui prend place sur le Web pour mieux rejoindre leur clientèle. J’ajouterais aussi pour se familiariser et réfléchir aux modes de diffusion du livre sur Internet.

À propos des auteurs :

Clément Laberge invite les auteurs à créer leur page Facebook par exemple, à interagir de manière plus soutenue avec leur lectorat, à faire une veille des commentaires sur le Web.  À ce titre, il donne l’exemple du commentaire de Brian Perro à une élève qui a écrit un billet sur son livre dans le cadre d’un projet scolaire et l’impact positif engendré.

J’ajouterais qu’il y a trop peu d’auteurs Québécois avec leur propre nom de domaine. Trop peu  également présent sur Facebook ou engagé envers leur lecteur sur Internet. Mais il faut le faire de la bonne façon, ceux qui sont sur Facebook sont souvent plus en relation avec des gens de leur milieu qu’avec leurs lecteurs. L’exemple de  Maxime Roussy et sa série du Blogue de Namasté est un autre exemple intéressant de conversation avec son lectorat. Son site est animé régulèrement, les jeunes filles (et garçon) ont un véritable attachement avec la série et à l’auteur. De plus, l’auteur réagit aux commentaires de ses fans.

Maxime Roussy est présent par son blogue et les sites officiels de ses deux séries Pakkal et Blogue de Namasté, et via Wikipédia et Youtube, où il présente son autoportrait avec humour.  Sa page Facebook consacrée au Blogue de Namasté compte plus de 3 500 fans; de ces fans, certaines ont créé des blogues, des billets ou d’autres pages Facebook sur l’auteur et ses livres. Mais surtout, son contact avec ses lecteurs est constant, régulier.

Le auteurs doivent également initier des projets d’éditions numériques, explorer les possibilités narratives rendu accessibles par le numérique et être au centre du développement d’intégration des médias ou du développement d’application avec leur éditeur.

À propos des libraires : Clément Laberge souligne l’importance de leur rôle dans l’écosystème du livre:

Je pense que les libraires sont essentiels dans le nouvel écosystème du livre — dans leur role de conseiller, d’aide au choix, de diffuseur.

- Mais il faut pour cela qu’ils se plongent dans l’univers numérique — qu’ils l’occupent, littéralement.

- qu’ils en deviennent des acteurs de premier plan. En étant présent sur Facebook, Twitter; sur le Web, via un blogue, etc.

Il réfère au site de biblosurf.com pour démontrer une manière d’exercer le métier en ligne. J’ai expérimenter quant à moi le service de Mon libraire à domicile, où on vous suggère des titres selon vos critères envoyés par courriel, il ne s’agit pas d’un engin de recherche, mais d’un véritable travail de libraire. Les suggestions que j’ai reçues étaient très pertinentes.

D’alleurs Michael Tucker, président de US Books Inc ainsi que de l’association des libraires états-uniens (American Booksellers Association), proposait lors d’un panel, ce même week-end, 10 conseils aux libraires pour prendre part au marché numérique. Les voici en traduction libre avec mes commentaires à la suite :

  1. Conserver la relation avec le client
  2. Créer des communautés
  3. Vendre les livres dans tous les formats, être ainsi indépendant.
  4. Penser commande par correspondance sur Internet
  5. Être proche de ses clients (Promiscuous)
  6. Arrêter de compétitionner avec ses alliers.
  7. Oublier l’impression sur demande et adopter le numérique sur demande.
  8. Fixer des prix justes
  9. Ne pas vendre de liseuse (je déteste ce terme aussi), ce n’est pas votre marché
  10. Prendre le marché numérique de front

via le blogue de Martyn Daniels: Brave New World

Conserver la relation client: Le développement de réseaux sociaux autour du livre sera certainement un enjeu des prochains mois et des prochaines années et devrait représenter un levier important pour la mise en marché du livre sur Internet et sa diffusion, d’autant que le processus d’achat se résume à quelques cliques avec le livre numérique, comme le souligne Clément Laberge. Les sites de lectures sociales s’organisent et vendent déjà certains ouvrages et ont développé des applications.

Créer des communautés : Internet est un marché de créneau (niche) par excellence. Être en mesure de créer une communauté dans un genre littéraire en particulier peut permettre de se positionner favorablement sur ce marché. Les lecteurs ne sont pas exclusifs à un genre, mais une communauté ne crée pas une appartenance importante si elle n’est pas bien définie. Alors qu’un site transactionnel peut rassembler ces communautés, la conversation avec ses communautés doit être ciblé pour être pertinente et obtenir l’assentiment de ses membres.

En bref: On y a discuté de plateformes, de liseuses (eReaders) et du rôle des bibliothèques. Clément Laberge nous rappelle aussi que la technologie n’est tout simplement qu’un moyen mis à notre disposition pour faire rayonner notre culture, la littérature et mettre les gens en relations, et non pas une fin en soi.

Consultez le verbatim des échanges.

Le prix unique du livre, la solution?

“It is not the strongest of the species that survive, nor the most intelligent. but the ones most responsive to change”         Charles Darwin

Beaucoup de mes confrères et consoeurs du secteur du livre se sont sentis interpelés par l’article de Foglia de ce samedi : Costco. Plus de 800 personnes ont partagé la nouvelle sur Facebook et d’autres encore sur Twitter, le leitmotiv : Il nous faut un prix unique pour sauver la librairie indépendante.

D’ailleurs, cette idée avait été ramenée à l‘avant-plan par les membres de l’Association des distributeurs exclusifs en langue française (ADELF) en février dernier, lors d’une séance d’information. Voici ce qu’en a dit La Presse à ce moment-là: Vers le livre à prix unique? et Le mirage du livre à prix unique et la réaction dans l’excellent billet du Délivré sous la plume du libraire David Murray, bien que je n’en partage pas toutes les conclusions.

Il est toujours triste de voir disparaître une librairie, surtout une institution comme la librairie Blais qui fait partie du paysage livresque depuis si longtemps. Par contre, l’argument de Foglia me semble un peu court. La fermeture de la librairie étant directement associée à la pratique commerciale de rabais de Costco. La solution?  Implanter le prix unique du livre. Mais le prix unique n’est pas la panacée qu’on lui prête. Il est d’ailleurs devenu un véritable crédo auquel il est devenu difficile de faire entendre des arguments sans tomber dans les bons sentiments.

Le mantra associé au prix unique et qui éteint d’emblée tout débat ou argumentation rationnelle, puisque comme l’a dit Jack Lang, ministre de la Culture qui a implanté la loi en 1981, le livre n‘est pas un produit comme les autres :

« Le livre n’est pas un produit comme les autres ; c’est une création de l’esprit, une des plus nobles créations de l’esprit et de l’imaginaire et qui, en tant que telle, ne saurait être soumise sans une protection particulière à l’unique loi du marché »

On ne peut être contre cette affirmation, quoique tous les livres n’ont pas cette noblesse et cette élévation d’esprit, mais c’est sans importance. Est-ce que le prix unique est le meilleur outil de protection du livre? Du moins, il faut admettre les aberrations qui sont créées et les effets négatifs potentiels d’une telle politique. D’ailleurs n’a-t-on pas exagéré les effets positifs ou négatifs d’une telle politique de part et d’autre. Il faut aussi considérer les innovations commerciales et technologiques qui ont eu cours depuis 30 ans, sans même soulever la question du numérique qui rend obsolète une telle réglementation.  Lire le délicieux billet de François Bon à cet égard.

La loi a été implantée alors que le libraire et la chaîne du livre en général étaient maîtres des outils d’information. La recherche s’est démocratisée et aujourd’hui un lecteur même occasionnel peut effectuer ses recherches sur Google ou des sites de libraires qui font références. Il faut dans ce contexte redéfinir le rôle des libraires et des librairies. Leur rôle de prescripteur et de conseiller et le type d’expérience qu’ils offrent à leurs clients, en magasin et sur Internet. Je vous invite à lire le  billet de Dominic Bellavance.

Les Objectifs du prix unique du livre

La loi française vise trois objectifs et elle sert de cadre de référence pour le milieu du livre québécois avec l’intention de l’inclure dans la loi 51 sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre :

1-  L’égalité des citoyens devant le livre, qui sera vendu au même prix sur tout le territoire national

2-  Le maintien d’un réseau décentralisé très dense de distribution, notamment dans les zones défavorisées

3-  Le soutien au pluralisme dans la création et l’édition en particulier pour les ouvrages difficiles.

Quant est-il de l’égalité des citoyens devant le livre? L’accessibilité au livre au Québec n’est pas problématique; sa distribution mérite des ajustement pour la rendre plus efficace et moins coûteuse  pour les libraires et les distributeurs. La loi 51 assure aux librairies agréées la vente aux institutions publiques dans les différentes régions administratives avec exactement cet objectif d’offrir sur l’ensemble du territoire l’accès aux livres et particulièrement au service d’un libraire.

La structure de marché ainsi créé par la loi 51 et qui aurait les mêmes effets avec l’implantation du prix unique récompense les cancres de l’industrie au détriment des meilleurs. D’abord, parce que la remise offerte est nivelée pour tous à 40%, alors que le service rendu aux éditeurs et aux clients est de niveau inégal, sans compter l’obligation des bibliothèques de s’approvisionner auprès d’au moins trois libraires. Il faut faire l’arbitrage entre un marché trop fragmenté et trop concentré, mais cette pratique enlève une part de revenu aux meilleurs.

Il faut s’attaquer à rendre le réseau plus performant et efficace, qui ne passe pas nécessairement par la réglementation, mais l’innovation. Les réflexions de l’ADELF sur la gestion de l’office en est un bon exemple. L’observation des nouveaux comportements des clients/lecteurs et la satisfaction de leur besoin devraient être une priorité pour le secteur, si les libraires n’y répondent pas, quelqu’un le fera.

Le prix unique a aussi pour objectif le maintien d’un réseau décentralisé très dense de distribution. Au niveau de l’efficacité de la distribution, la fragmentation des points de vente n’est pas plus efficace, surtout si ces points de vente ne se distinguent pas les uns des autres par leur offre. De plus, la fragmentation a pour effet d’augmenter les coûts d’agence, de transport qui nécessairement augmentent les coûts pour tous les acteurs. Est-ce que Rimouski est mieux servi par 10 librairies ou par seulement deux.

D’autre part, l’argument qui veut que les libraires soient en meilleure position si elles pouvaient compenser les ventes dites difficiles, les titres à faible rotation, par la vente des Best Sellers est vrai, mais dans une certaine mesure. Seulement un pourcentage de ces ventes serait récupéré par les libraires. Dans l’hypothèse ou Wal-Mart et Costco décident de continuer de vendre les livres, les clients n’iront pas nécessairement en librairie pour tous les titres. Une majeure partie de la clientèle continuera d’acheter chez ces détaillants, par ce qu’il maximise leur temps et par ce qu’ils auront la perception de faire une bonne affaire due au positionnement de marché du commerce

L’exemple des magasins Leclerc, rapporté ici par Françoise Benhamou, est patent. Comme les Français n’ont pas connaissance de la loi française du prix unique, ils ont continué d’acheter chez Leclerc. Ce dernier encaissant des marges plus élevées pour cette catégorie. L’effet économique de marge plus élevé dans un secteur est double, l’entrée dans le secteur de nouveaux joueurs ou des investissements marketing pour s’accaparer les catégories subalternes, soit par l’étendue de la gamme ou du service.

Le troisième objectif du prix unique est le maintien de la création et de la diversité éditoriale. L’édition aux Québec n’a jamais été aussi prolifique et créative. L’édition québécoise représente 40 % du marché total. C’est donc dire qu’un prix unique favorisera de façon égale la production étrangère à celle d’ici. Si le prix unique  en France favorise les auteurs et les éditeurs français, c’est parce que les éditeurs français sont dominants sur leur propre marché. Par contre, le prix unique sans assurer une meilleure diffusion/distribution est inéquitable pour les éditeurs québécois ou du  moins n’apporte que très peu.

Il me semble que la chaîne de valeurs du livre n’arrive plus à absorber la pléthore de production de nouveautés. Les tirages moyens sont en diminution, mais le nombre de nouveaux titres ne cesse de croître. Cela dit, la diversité éditoriale serait donc mieux servie par une aide directe et accrue aux auteurs et aux éditeurs pour les appuyer dans la création, mais aussi dans la promotion et la communication, ainsi qu’à l’exportation.

Une autre hypothèse à envisager est le retrait simple des livres offerts dans les catalogues des éditeurs, par la grande diffusion et Costco en premier lieu, pour les remplacer par une autre catégorie de produit, mais plus certainement par d’autres livres, des livres fabriqués expressément pour eux, par des éditeurs de packaging, et dont les titres sont facilement substituable l’un à l’autre. Pour les éditeurs de livres pratiques une difficulté supplémentaire. Cette pratique a cours, de marginale elle pourrait devenir la norme.

De plus, il y a un risque que les tirages initiaux des best-sellers soient plus faibles, et les ruptures de stock plus fréquentes. La comparaison d’exemple de titres sélectionnés ou non par la grande diffusion à l’heure actuelle en est un bon indicateur de l’effet éventuel sur l’ensemble de la production éditoriale du Québec, mais aussi des importations.

Livre numérique et Internet

Dans le contexte du développement du livre numérique et de la diffusion des informations via le web et les réseaux sociaux. La concentration des libraires en ligne sera un enjeu majeur, un déplacement de seulement 10% ou 15% des parts de marché du livre papier au numérique aura un impact sur la rentabilité des librairies les plus fragiles. Est-ce une plus grande décentralisation qu’il faut ou une certaine rationalisation du réseau de distribution?

Le Centre pour la recherche et ses applications a produit un rapport substantiel et bien argumenté, Le prix unique du livre à l’heure du numérique, sur les impacts du prix unique du livre sur la chaîne du livre depuis 30 ans et les prospectives avec l’avénement du numérique. Voir également la captation vidéo de l’ exposé des auteurs.

Je reviendrai sur cette question, car j’aurais aimé parlé des tendances de marché de créneau (marché de niche),  de la personnalisation de masse et de longue traîne, de l’espace médiatique du livre et des stratégies concurrentiels de Porter. (…à suivre)

À lire également:

…et sur le prix unique du livre numérique: