Sites de lecture sociale et leurs meilleures pratiques. 2/2

Beaucoup de sites de lecture sociale sont disponibles pour les amateurs de lecture et de littérature, les offres sont par contre inégales et l’expérience varie énormément d’un site à l’autre. Le spectre passe d’un simple catalogage à une réelle interaction avec les autres lecteurs aux goûts similaires. Voici les points saillants des sites les plus importants sur Internet actuellement, où le livre numérique fait progressivement son apparition.

Meilleurs de classe :

Actuellement, le site compte 1 200 000 usagers et 56 millions de livres catalogués. Ce qui en fait la communauté la plus active et participative de tous les sites de lecture sociale. Le système de catalogage est fiable et très élaboré, par la participation active des membres et la richesse des mots-clés. La base de donnée alimenté par Amazon,  la Bibliothèque du Congrès et des centaines de bibliothèques publiques.

L’originalité et la qualité des recommandations de Librarything sont dues notamment au programme Early Reviewers qui favorise l’ajout de commentaires sur les nouveautés. De plus, la bibliothèque s’enrichit d’un Common Knowledge, c’est-à-dire toute information pertinente sur l’auteur et le livre, les prix littéraires, les personnages, etc.

Le site est rebutant et semble vraiment destiné à des pros de l’archivage; il n’y a aucune couverture de livre dans les menus généraux, les pages sont remplies de listes de mots-clés, bref un peu de design ne nuirait pas.

Fondé en octobre 2006 et acheté par Amazon en 2008. Shelfari comporte tous les éléments qui favorisent la fréquentation, la contribution et l’échange des membres. Les modules sont intégrés, comme pour les opérations des ensembles, par inclusion, intersection et réunion. Les titres proviennent évidemment de la base de données d’Amazon.

Depuis peu, une application se retrouve dans les liseuses Kindle sous la rubrique Book extras. Ce qui permet une réelle intégration entre le site de lecture sociale et le livre numérique. Le système d’invitation des amis est critiqué et pourrait être amélioré.

L’exemple d’une professeure, qui a créé un groupe de discussion sur une oeuvre au programme pour permettre à ses étudiants échanger entre eux, Mrs Nage’s Class, est éloquent sur les possibilités de tels groupes. On peut faire des variations sur tous les thèmes et dans beaucoup de contexte.

LivingSocial est un site de catalogage et partage de produits culturels et de consommation, dont le livre est le plus populaire. Leur application initialement nommée Visual Bookshelf a été la première à s’intégrer à Facebook . La présentation des profils et des bibliothèques des lecteurs favorise l’exploration. L’ergonomie et le graphisme du site sont simples et efficaces, l’information est facilement repérable. La page des tendances permet de suivre les activités liées aux mouvements des livres selon différents critères. Par contre, il n’y a pas de système de catalogage ou de mots-clés pour classifier ses livres.

Disponible en anglais et en français, mais dans une version médiocre. Le site est fréquenté par 3,6 millions de membres et il y a plus de 100 millions de livres au catalogue.

Les profils des lecteurs sont bien étayés et permettent une exploration facile, ainsi qu’un référencement croisé grâce aux différents modules comme la bibliothèque, les mots clés, les clubs de lectures, etc. De plus, on peut choisir entre suivre quelqu’un ou être son ami. Le meilleur de Facebook et de Twitter.

Avec ses 30 000 groupes et les listes thématiques, Listopia, Goodreads est un des sites du genre les plus achalandés. Les lecteurs peuvent également bloguer sur leur profile et partager leurs billets sur les autres médias sociaux.

Pour les achats, on relaie à des sites tiers : Amazon, Renaud-Bray, Archambault, Indigo, etc.

Une application iPhone est disponible. Les widgets de Goodreads pour les blogues et Facebook sont les plus utilisés. Le livre numérique est disponible à la vente :

Goodreads eBooks are in ePUB format, DRM-free, with authors setting the price and getting 70% of the revenue, payable via check or Paypal at any point after they’ve earned $50. DBW

La plus grande originalité de BookGlutton est la possibilité d’annoter et de commenter dans le livre numérique lui-même et de partager ses commentaires avec les autres lecteurs de ce livre ou sur Facebook. La lecture ne se fait que sur un navigateur, ce qui n’est pas très convivial et pratique. L’application iPad, en préparation, viendra peut-être corriger ce défaut.

Bien que les profils des lecteurs ne soient pas suffisamment accessibles et développés, en  plus d’avoir des interactions limitées, on peut suivre certains lecteurs ou les membres de club de lecture peuvent échanger directement à l’intérieur du livre. L’exemple de Mrs Nage’s Class est ici poussé un peu plus loin, car les commentaires sont associés au déroulement de la lecture.

C’est donc un des rares sites de lecture sociale à intégrer le livre numérique et non pas simplement les références et commentaires du livre papier. Comme le site est transactionnel, on est en présence d’un nouveau joueur sur le marché du détail, qui entre en compétition avec les librairies pour le livre numérique.

Babelio est un des trop rares sites en français avec des titres de langue française : près de 20 000 membres et plus de 850 000 titres.

Les pages de profil de lecteurs et des titres sont exhaustifs, par exemple, il est intéressant de voir les lecteurs qui sont en ligne, à la manière de Facebook. Par contre, le plus grand défaut est l’absence de groupes et de clubs de lecture, les contributions demeurent statiques et sans grandes interactions.

Babelio est également associé à Babelthèque qui sert à mettre en réseaux les bibliothèques publiques entre elles.

Certainement le site qui intègre le mieux l’aspect social du partage sur les livres. Les modules sont bien structurés et présentés, avec une volonté d’inclure, grâce à Author’s corner, les auteurs dans les échanges avec les membres, les inclure dans la conversation autour de leurs livres.

Seul site québécois :

Fondé en 2007 par Mylène Lavoie, bibliothécaire, Pause lecture est le seul site du genre au Québec. L’objectif du site est de fournir une banque de données de recommandations de lecture, grâce à la contribution des membres qui ajoutent leurs commentaires et critiques aux résumés de l’éditeur. Le site reçoit près de 20 000 visiteurs par mois qui consultent quelque 40 000 pages.

Malgré cet intérêt marqué, la plus grande lacune du site est le nombre restreint de titres, seulement 7 500. Le site n’est pas alimenté par une base de données et compte sur la participation des éditeurs et des fournisseurs pour alimenter le site en informations sur les nouveautés.

Autres sites :

Propriété de Harper Collins UK.  La base de données contient tous les livres en anglais qui comportent un ISBN, dont 6 millions de livres comportent une note ou un commentaire.

8 000 membres et 74 000 livres. Classification des membres selon le degré d’importance de leurs contributions. Aucun groupe et peu d’applications sociales.

1500 utilisateurs et 65 000 livres. Aussi sexy qu’un tableau Excel.

Site en anglais et italien. Les lecteurs sont peu en relations et difficile d’accéder à des profils d’intérêt communs. Structure similaire a BookArmy.

Site en français. 20 milles membres et quelque 1 millions de livres et 23 000 critiques. Les actualités littéraires sont pertinentes. Les critiques des bibliothécaires, des libraires et des lecteurs sont distinctes et identifié. Manque d’interaction sociale, mais les liens avec bibliothèques et librairies enrichissent l’expérience de l’achat ou emprunt de livre papier vers des sites tiers.

Spécialisé dans les mangas et les DVD d’animation. Module de statistique très informatif sur les actions et critiques liés aux membres comme aux titres. Permet un réel réseautage sur ses champs d’intérêts.

Communauté de lecteurs de livres numériques qui est un mélange entre de l’autopublication et la coproduction (crowdsourcing). Propose les titres du Projet Gutenberg. Toutes les applications sociales ci-trouvent, disponible sur iPhone et iPad. Manque d’interaction sociale entre les membres.

Vous connaissez d’autres sites de lecture sociale? Merci de les partager ici en laissant la référence dans les commentaires, avec vos appréciations..

Sites de lecture sociale et leurs meilleures pratiques. 1/2

Les sites de catalogage ou de lecture sociale ont fait leur apparition en 2005-2006, LibraryThing étant le précurseur et un des plus importants. Au début, ces sites étaient plus proches de sites comme Delicious que de site de réseautage comme Facebook. En 5 ans, on est passé de catalogage social, où la principale contribution est la classification des livres par mots-clés, à lecture sociale proprement dite, soit à une réelle interconnexion des membres entre eux structurée autour de leurs préférences littéraires et axée sur les échanges.

Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es! Cet adage est tout indiqué pour décrire ces réseaux de lecteurs, qui commentent, classent et catégorisent les livres de leur bibliothèque qu’il partage avec les autres membres et amis. La lecture sociale permet maintenant de partager des passages d’un livre, de se regrouper en club de lecture thématique, bref d’avoir une conversation basée sur ses lectures et la littérature. Le slogan de BookGlutton est d’ailleurs, les livres sont des conversations.

Les meilleures pratiques des sites actuels de lecture sociale.

Voici les caractéristiques des meilleures pratiques actuelles qui visent à favoriser les échanges autour de la littérature et du livre. Pour être efficace, un site de lecture sociale doit intégrer des éléments qui encouragent la fréquentation, mais surtout la participation des membres, à l’instar de médias sociaux, comme Facebook, Twitter, Tumblr et les blogues en général. Voici donc :

- Offrir une véritable interaction entre les différents modules que composent un réseau social : Livres, membres, champs d’intérêt et lieux d’échanges. Ainsi, un profil des membres comprend, livres (lu, à lire, souhaité), contributions, commentaires, groupes, champs d’intérêt (grâce aux étiquettes), amis, discussions, etc. La page titre comprendra, par exemple, les lecteurs (lu, à lire, souhaité), suggestion d’autres titres, les commentaires, notes d’appréciation, groupe d’appartenance, catégories, etc.

- Alimenter le site par une base de données fiable et qui est intégrée au site. La majorité utilise Amazon et Bookdepository. La saisie de titres par les lecteurs devrait être marginale et réduite au minimum, tout en étant accessible.

- Permettre une grande flexibilité de catalogage des livres de sa bibliothèque, qui soit simple et complémentaire à celui de l’administrateur. D’ailleurs, tous les champs de référence d’un livre (métadonnées) devraient être une porte d’entrée des recherches et de l’exploration.

- Offrir un système de notes ou d’appréciation, de recommandation et de compte-rendu de lecture.

- Favoriser l’ajout d’information complémentaire aux livres ou à l’auteur, comme les prix littéraires, adaptation au cinéma, article, description des personnages, etc.

- Simplifier le système d’invitation d’amis en utilisant les profils de Facebook et Twitter par exemple et intégrer une application synchronisée. Sur le site, il est préférable d’utiliser une asymétrie des relations, comme Twitter, étant donné que les goûts littéraires ne sont pas nécessairement réciproques.

- Animer la création et le maintien, par les lecteurs, de forums, de clubs de lecture et de groupes au champ d’intérêts communs. La contribution des usagers est primordiale pour rendre vivant le réseau, des programmes peuvent être élaborés pour susciter l’adhésion et la contribution.

Le lancement de Ping sur iTunes par Apple, il y a quelque mois a déçu les utilisateurs même les plus enthousiastes, parce que les interactions sociales nécessaires pour la création d’un réseau ou d’un média social n’étaient pas au rendez-vous. Aussi, parce que les fonctionnalités se limitaient à mettre en vitrine les produits plutôt que de favoriser les conversations autour de la musique; la recommandation par les pairs ou par les professionnels a besoin d’un véhicule sur le Web, là où se trouvera bientôt le quart des lecteurs et la majorité des acheteurs de livres.

Location de livres numériques : modèle d’affaires des manuels scolaires

La principale proposition de valeur des services de location de livres numériques est une diminution de 50 à 60 % du prix ordinaire d’achat pour télécharger des livres techniques et des manuels scolaires pour une période déterminée, de quelques semaines à plusieurs mois. CourseSmart par exemple offre une période de location de 6 mois, ce qui est suffisant pour la durée d’une session.

À cette offre basée sur le prix s’ajoutent des services à valeur ajoutée. Le NookStudy, une entreprise Barnes & Noble, permet par exemple de classer ses manuels et ses notes selon les cours suivis et valorise ainsi la liseuse de  la chaîne de librairies. Leur application, en plus de permettre de lire deux manuels à la fois ou deux pages non successives, sert à gérer le temps d’étude et les tâches reliées. Donc dans une logique de besoin des étudiants. NookStudy est par contre limité à une lecture sur l’ordinateur (Mac et Windows) et à sa liseuse Nook.

CourseSmart comme le NookStudy offre la possibilité d’annoter, de surligner, de faire des recherches sur le web, bref un complément enrichi à la lecture essentiel pour tout étudiant.  CourseSmart prétend offrir 90% des manuels disponibles en ebook, ce qui e fait le leader de son secteur et l’on prévoit que 1 manuel sur 5 sera en format ebook d’ici 2014. Ce qui me semble encore trop peu:

Today, digital textbooks for higher education and career education account for only 0.5% of all textbook sales in the United States. According to a new study by social learning platform Xplana, this could soon change.Xplana predicts that digital textbooks will account for almost 20% of all textbook sales within the next five years. This will make digital textbooks a $1 billion market. via Read Write Web

Le segment de marché  privilégié pour la location de livre est certainement les étudiants, mais certains éditeurs de BD font une incursion dans ce service et offrent la location d’album. Izneo, permet de louer à 50% du prix d’achat. D’autres segments, comme les guides de voyages, seraient à considérer, ou tout segment de marché relativement homogène. Comme pour l’introduction de la location de voitures par opposition à l’achat, cette pratique en diminuant le prix moyen des ouvrages, devrait assurer une augmentation de la demande, du moins générale avec une plus grande rotation des titres sans l’effet négatif des retours en fin de location.

Les revenues générés par ces applications de location de livre numérique devrait être en augmentations rapide dans les prochains mois, d’autant que les campagnes de marketing et de promotion sont bien orchestrées sur les campus des institutions américaines. Et il est maintenant possible  de faire l’essai de lecture de manuels par des téléchargements gratuits ou avec des périodes d’essai sur la plupart des services de location.

Personnalisation des manuels

D’autres services seront certainement offerts prochainement comme la personnalisation des manuels. Déjà, il est possible d’acheter des chapitres de livre: par exemple les éditions Ulysse nous permettent d’acheter le chapitre sur le Vermont du guide sur la Nouvelle-Angleterre. Les professeurs pourraient facilement constituer un manuel qui correspond au contenu de leur cours en sélectionnant les chapitres et sections des livres qui les intéressent. La personnalisation de masse ou le bundling de chapitre est simple que ce soit en location ou à la vente.

Les éditeurs de manuels scolaires et de livres techniques auraient avantage à créer une offre de service conjointe pour les étudiants. Que ce soit par la création d’une application auxquelles on peut adjoindre des services Web ou d’une librairie spécifique pour louer leurs manuels aux étudiants francophones à travers le monde. On peut imaginer aussi qu’à l’instar de Barnes & Noble, des sites comme Locabook.fr ou BookSwim et autres services de locations de livres papiers feront, éventuellement,la transition de leur offre vers le numérique.

À noter:

CourseSmart permet de lire sur iPad et iPhone via son application, bien qu’elle nécessite une connexion WiFi ou 3G pour lire les documents, étant donné que ceux-ci ne sont pas téléchargés. Voir aussi billet précédent sur 14 fonctions à intégrer aux livres et lecteurs numériques

Izneo : Seul service de location de livre numérique en français à ma connaissance. Une application iPad est disponible, mais les modalité de lecture n’ont pas encore la qualité de Marvel ou de DC Comics. Le catalogue offre les albums BD d’une douzaine d’éditeurs à des prix compétitifs : dont Casterman, Circonflexe, Dargaud, Dupuis, Fluide Glacial, Le Lombard et Lucky Comics entre autres. Leur slogan est d’ailleurs: Le plus grand choix de BD digitales (sic!). Je trouve insupportable cette utilisation erronée et fréquente de digitale plutôt que numérique. Le premier terme se rapporte au doigt, et non au nombre comme digit en anglais.  SVP on se ressaisit!

photo: Library Freie Universität , Berlin