Quelle place pour le livre et la littérature dans les médias?

Le week-end dernier, je soulignais sur Facebook comme sur Twitter, qu’il serait intéressant, voire important pour le secteur du livre, que la littérature soit traitée avec les mêmes égards que le vin et l’automobile dans les sections de La Presse, mais particulièrement sur Cyberpresse. Ce qui vaut pour les autres médias, particulièrement pour la télévision d’État de Radio-Canada.

En effet, Cyberpresse dévoilait sa nouvelle page consacrée aux vins sur son site Internet avec la SAQ comme partenaire – commanditaire. L’amateur de vin en moi se réjouit, mais l’amateur de livres se désole. Alors qu’il est démontré que la lecture est un déterminant essentiel dans la réussite professionnelle (cf. ici et ici), mais aussi pour l’enrichissement personnel et citoyen, elle est reléguée en second plan. Pourquoi? Je me le demande. Il faut donc comprendre la logique des médias de masse, particulièrement leur présence sur le Web, pour arriver à inscrire le livre dans le discours grand public. L’idée est de comprendre comment le secteur du livre peut s’en inspirer et être en mesure d’offrir une solution.

D’autre part, Marie D. Martel, alias Bibliomancienne, relevait dans son plus récent billet les enjeux et défis actuels du livre au Québec. Ces constats sont justes et valent la peine d’être observés de plus près. Un de ces éléments est la présence du livre, de la lecture et de la littérature dans l’espace public, dans lequel j’inclus, bien évidemment le Web. Il y a aussi la perception du livre dans l’univers complet de l’information et du divertissement. L’autre enjeu majeur est le faible niveau de littératie au Québec.

Quand on met en perspective ce constant sur la lecture au Québec et celui que fait Steve Proulx, dans son papier sur Les émissions culturelles, on comprend le malaise quant au traitement de la culture, et du livre en particulier, à la télévision et le type de traitement qu’on y réserve : une peau de chagrin. Car trop souvent, on diffusera une émission, un peu d’espace médiatique au livre pour satisfaire un milieu qui en demande, je pense aux auteurs, aux éditeurs et aux libraires, mais installer dans une case horaire improbable, ou quelques pages éparses. Il rappelait, notamment, la disparition de l’émission Six dans la cité, tout en se questionnant sur la pertinence de ces fourre-tout où on tente de satisfaire le tout culturel au détriment de l’auditoire. Son diagnostic m’apparaît juste, alors qu’il n’y a aucune émission littéraire à la télévision publique.

Il n’est pas innocent que le Nouveau Projet d’un magazine de culture et société de Nicolas Langelier et Jocelyn Maclure ait suscité autant d’intérêt cette semaine. Il est entendu qu’il y a un déficit médiatique de la culturel. Il y en a également un pour le livre, la réflexion, la pensée, bref il y a déficit médiatique de la littérature au sens large dans la presse écrite, à la radio et à télé.

C’est aussi le constat que beaucoup d’éditeurs québécois ont fait l’automne dernier et qui les a incités à se regrouper au sein du GELi, afin de mieux faire valoir la littérature dans l’espace médiatique et  favoriser un plus grand rayonnement des auteurs et des œuvres qu’ils défendent.

On pourra prétexter que les auditeurs et lecteurs des médias de masse n’ont pas un réel intérêt pour ce genre de sujet, on nous montrera les cotes d’écoute faméliques et on conclura, CQFD, les gens ne lisent pas. Pourtant, on n’a qu’à observer les différents palmarès, le grand public est fortement influencé par ces médias, avec leurs émissions qui traitent parfois ou régulièrement de livre. Cette présence doit aussi être assurée sur le Web, les médias de masse sont incontournables pour la diffusion du livre et de la littérature, et pourrait profiter d’un réseau de blogueurs littéraires ou de Webzine comme La Recrue du mois, qui sont sous-utilisés par le secteur de l’édition comme par les médias de masse.

Médias de masse et modèle d’affaires.

Pour avoir proposé et fait publier un cahier spécial thématique dans un hebdomadaire, non pas un publireportage, mais bien un cahier écrit et éditer par l’équipe en place. La transaction est simple, le traitement du contenu est assuré par l’équipe de journaliste avec une ligne éditoriale définie au préalable, en échange, on doit pouvoir y apporter des revenus publicitaires et des annonceurs supplémentaires.

Il me semble que c’est une logique similaire qui permet à Cyberpresse d’offrir un contenu pertinent et étoffé sur le vin, grâce à une commandite de la SAQ. L’enjeu principal  pour une plus grande présence médiatique du livre et de la littérature est donc de trouver des commanditaires de l’industrie, mais aussi, et surtout de l’extérieur du secteur.

À ce titre, la Banque TD est très active dans le créneau de la littérature jeunesse, elle s’est notamment associée à la BAnQ pour une série d’activité, elle investit dans le Festival des enfants de Metropolis Bleu, elle a mis sur pied le Prix TD de la littérature canadienne de concert avec le Canadian Children’s Book Centre et organise des clubs de lecture pour les jeunes et bien d’autres initiatives du genre. Les appuis de la Banque TD pour la littérature jeunesse peuvent être émulés par d’autres corporations pour appuyer la diffusion et la promotion du livre au Québec.

Le milieu du livre doit démontrer auprès de grandes corporations l’utilité de s’associer à la littérature québécoise, roman comme essai. Démontrer que cet espace de liberté qu’est le livre est en adéquation avec leur image de marque.

Pour ce faire, il faut connaître le profil socio-démographique, et ce n’est pas nécessairement le groupe le plus vaste qui en devient la mesure, mais bien le plus influent ou le plus porteur pour le message de cette entreprise. Le milieu s’entend pour proclamer l’importance du livre dans la société comme facteur de développement intellectuel et citoyen. Il est donc primordial de définir les avantages d’une diversité littéraire pour la société et comment une entreprise peut appuyer ce message, le défi sera de les communiquer et d’en faire la promotion. Il ne faut pas voir là un assujettissement du secteur du livre à des commanditaires qui souhaitent en récupérer la valeur, mais plutôt d’un véritable mécénat, d’un partenariat pour valoriser la lecture.

La question qui se pose maintenant pour le livre. Quelles sont ces valeurs et qui peut vouloir s’y associer? Dans le secteur du livre, l’entreprise De Marque est certainement un partenaire intéressant et important (comme le suggère son président en réponse à mon Twitt) pour commanditer une page sur le livre sur Cyberpresse, avec un onglet dédié aux livres. Ces pages pourraient être valorisé par un club de lecture, avec un accès direct au feuilletage des livres, un hyperlien vers des libraires en ligne comme Renaud-Bray ou livresquebecois.com, etc. Hummm, sujet pour notre prochain BookCamp Montréal? (à suivre…)

Image: The Best Channel since 1465, par Edouardo San Gil

Enjeux de l’édition numérique: clavardage avec Clément Laberge

Dans le cadre des Journées de la culture,  les Bibliothèques publiques de Montréal proposaient hier après-midi une session de  clavardage avec Clément Laberge sur les enjeux de l’édition numérique.

Clément Laberge est notamment vice-président, services d’édition numérique chez De Marque, entreprise associé avec l’ANEL (association des éditeurs de livres) dans la création d’un entrepôt numérique et de l’application pour iPad La Hutte.

Je n’ai malheureusement pu y participer, mais on peut consulter le verbatim des échanges qui portent surtout sur l’urgence d’agir et l’importance pour les acteurs de la chaîne du livre d’explorer la technologie numérique. Celle propre au livre bien sûr, mais également celle des outils de communication incontournables des réseaux sociaux.

Je retiens surtout l’importance pour les auteurs et les libraires de participer plus activement au développement du numérique. Chacun devrait joindre la conversation qui prend place sur le Web pour mieux rejoindre leur clientèle. J’ajouterais aussi pour se familiariser et réfléchir aux modes de diffusion du livre sur Internet.

À propos des auteurs :

Clément Laberge invite les auteurs à créer leur page Facebook par exemple, à interagir de manière plus soutenue avec leur lectorat, à faire une veille des commentaires sur le Web.  À ce titre, il donne l’exemple du commentaire de Brian Perro à une élève qui a écrit un billet sur son livre dans le cadre d’un projet scolaire et l’impact positif engendré.

J’ajouterais qu’il y a trop peu d’auteurs Québécois avec leur propre nom de domaine. Trop peu  également présent sur Facebook ou engagé envers leur lecteur sur Internet. Mais il faut le faire de la bonne façon, ceux qui sont sur Facebook sont souvent plus en relation avec des gens de leur milieu qu’avec leurs lecteurs. L’exemple de  Maxime Roussy et sa série du Blogue de Namasté est un autre exemple intéressant de conversation avec son lectorat. Son site est animé régulèrement, les jeunes filles (et garçon) ont un véritable attachement avec la série et à l’auteur. De plus, l’auteur réagit aux commentaires de ses fans.

Maxime Roussy est présent par son blogue et les sites officiels de ses deux séries Pakkal et Blogue de Namasté, et via Wikipédia et Youtube, où il présente son autoportrait avec humour.  Sa page Facebook consacrée au Blogue de Namasté compte plus de 3 500 fans; de ces fans, certaines ont créé des blogues, des billets ou d’autres pages Facebook sur l’auteur et ses livres. Mais surtout, son contact avec ses lecteurs est constant, régulier.

Le auteurs doivent également initier des projets d’éditions numériques, explorer les possibilités narratives rendu accessibles par le numérique et être au centre du développement d’intégration des médias ou du développement d’application avec leur éditeur.

À propos des libraires : Clément Laberge souligne l’importance de leur rôle dans l’écosystème du livre:

Je pense que les libraires sont essentiels dans le nouvel écosystème du livre — dans leur role de conseiller, d’aide au choix, de diffuseur.

- Mais il faut pour cela qu’ils se plongent dans l’univers numérique — qu’ils l’occupent, littéralement.

- qu’ils en deviennent des acteurs de premier plan. En étant présent sur Facebook, Twitter; sur le Web, via un blogue, etc.

Il réfère au site de biblosurf.com pour démontrer une manière d’exercer le métier en ligne. J’ai expérimenter quant à moi le service de Mon libraire à domicile, où on vous suggère des titres selon vos critères envoyés par courriel, il ne s’agit pas d’un engin de recherche, mais d’un véritable travail de libraire. Les suggestions que j’ai reçues étaient très pertinentes.

D’alleurs Michael Tucker, président de US Books Inc ainsi que de l’association des libraires états-uniens (American Booksellers Association), proposait lors d’un panel, ce même week-end, 10 conseils aux libraires pour prendre part au marché numérique. Les voici en traduction libre avec mes commentaires à la suite :

  1. Conserver la relation avec le client
  2. Créer des communautés
  3. Vendre les livres dans tous les formats, être ainsi indépendant.
  4. Penser commande par correspondance sur Internet
  5. Être proche de ses clients (Promiscuous)
  6. Arrêter de compétitionner avec ses alliers.
  7. Oublier l’impression sur demande et adopter le numérique sur demande.
  8. Fixer des prix justes
  9. Ne pas vendre de liseuse (je déteste ce terme aussi), ce n’est pas votre marché
  10. Prendre le marché numérique de front

via le blogue de Martyn Daniels: Brave New World

Conserver la relation client: Le développement de réseaux sociaux autour du livre sera certainement un enjeu des prochains mois et des prochaines années et devrait représenter un levier important pour la mise en marché du livre sur Internet et sa diffusion, d’autant que le processus d’achat se résume à quelques cliques avec le livre numérique, comme le souligne Clément Laberge. Les sites de lectures sociales s’organisent et vendent déjà certains ouvrages et ont développé des applications.

Créer des communautés : Internet est un marché de créneau (niche) par excellence. Être en mesure de créer une communauté dans un genre littéraire en particulier peut permettre de se positionner favorablement sur ce marché. Les lecteurs ne sont pas exclusifs à un genre, mais une communauté ne crée pas une appartenance importante si elle n’est pas bien définie. Alors qu’un site transactionnel peut rassembler ces communautés, la conversation avec ses communautés doit être ciblé pour être pertinente et obtenir l’assentiment de ses membres.

En bref: On y a discuté de plateformes, de liseuses (eReaders) et du rôle des bibliothèques. Clément Laberge nous rappelle aussi que la technologie n’est tout simplement qu’un moyen mis à notre disposition pour faire rayonner notre culture, la littérature et mettre les gens en relations, et non pas une fin en soi.

Consultez le verbatim des échanges.