Croissance du livre numérique aux États-Unis.

L’augmentation des ventes de livres numériques en pourcentage de croissance ne signifie rien et n’est pas un indicateur pour un marché émergent ou un nouveau produit. Ce qui est significatif, par contre, ce sont les parts de marché que le livre numérique occupe sur l’ensemble du marché de l’édition. C’est ce qui aurait été bien d’illustrer ici.

Ces parts de marché était de 10% à la fin de 2010 avec 439 millions $. Bien qu’on ne peut présumer d’une même courbe d’augmentation identique d’une année à l’autre, en l’occurrence 165 %. Nous pouvons, tout de même, imaginer que les parts de marché du livre numérique s’accentueront grâce à une offre supérieure et mieux structurée pour répondre aux besoins des lecteurs. Les innovations vont également continuer de propulser le marché à la hausse

Source: TNW media, The persistent rise of E-Books [infographic]

Promotion du livre numérique par la lecture sociale


La définition même du livre est bousculée par les changements technologiques, mais ce n’est pas autant le livre qui subira les plus grandes transformations, c’est surtout la lecture. Les modes de lectures se métamorphosent et un des exemples les plus marquants est la lecture sociale, qui prendra tout son sens avec le livre numérique.

Lire est évidemment un acte solitaire, par contre la majorité des lecteurs désire partager ses lectures avec son entourage. Mais comme l’acte de lire et la rencontre sociale ne sont souvent pas en phase, ce partage n’est pas aussi efficace et l’échange n’a pas suffisamment lieu en temps réel.  L’échange de clips musicaux ou d’extraits de film se fait plus aisément, parce que le contenu est disponible et parce que des plateformes comme Youtube, Flixster et Facebook permettent de les échanger avec son réseau en toute transparence, même chose avec les articles des quotidiens ou les billets de blogues.

Pour le livre, c’est un peu compliqué. Facebook permet l’intégration de widgets pour indiquer à ses amis ses lectures du moment, mais rien pour partager réellement sa lecture, une citation, des extraits, peu importe, au moment de la lecture. Le livre n’est pas ouvert sur le Web. En fait, il le devient de plus en plus, particulièrement sur les sites de lecture sociale.

Augmenter le capital conversationnel du livre est le grand défi du marché du livre numérique, mais du marché du livre point.

Un site de lecture sociale permet de mettre les lecteurs en réseau selon leurs intérêts et leurs goûts littéraires. Le catalogage ou la catégorisation de ses livres par mots-clés permet à la fois de définir le livre pour qu’il soit relié à d’autres livres du même genre dans ce réseau, mais permet aussi de définir ses goûts et intérêts pour être reliés à d’autres lecteurs.

Contrairement aux algorithmes de suggestions de lecture basées sur sa propre bibliothèque, comme Amazon le fait notamment, la mise en relation des bibliothèques des lecteurs permet des suggestions plus naturelles et plus appréciables. Les recommandations sont faites par des « pairs » et donc ont souvent une meilleure portée.

Mettre en relation les lecteurs et relier les bibliothèques de chacun d’eux implique également la constitution de regroupements, de clubs, de forums où les usagers contrôlent les paramètres

Site et applications de ventes de livre

Actuellement, les sites transactionnels des libraires québécois, qu’ils offrent des livres numériques ou papiers, comportent au mieux des applications de partage et suggestion de livres sur les médias sociaux, mais ne créent pas de communauté. Amazon permet depuis longtemps les commentaires et les notes d’appréciation, la création de liste de lecture, mais sans interactions directes entre les clients. L’achat de Shelfari a changé cela.

Le développement de site Web transactionnel et d’application devrait intégrer des plateformes d’échanges entre les clients et lecteurs pour accroître la fidélisation et la récurrence des visites.

Réseaux sociaux

Les dernières données du CEFRIO sur l’usage des médias sociaux indiquent que 45% de la population canadienne utilise Facebook et 42% au Québec. La progression est impressionnante et démontre un changement fondamental du web. La participation des internautes sur Facebook est passée de 34% en 2009 à 48% en 2010, l’engagement dans ces nouveaux médias est majeur. (NetTendances, p.4, PDF)

Le temps consacré aux médias sociaux à aussi augmenté significativement et occupe le quart du temps en ligne :

Les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter connaissent une forte croissance aux États-Unis, cette augmentation est de 43%, avec un 23% du temps consacré à ces sites de réseautage. What American do Online.

Les internautes québécois sont particulièrement engagés et actifs sur ces réseaux sociaux, et plus ils sont jeunes et plus ils sont actifs. On observe, par ailleurs, déjà un changement dans la dernière année ou la tranche des 35 à 54 a significativement augmenté leurs engagements et ce profil démographique est une clientèle qui comporte plus de lecteurs et acheteurs de livres assidus.

Influence et la recommandation : De manière générale, les lecteurs de recommandations sont surtout les jeunes professionnels dotés d’un fort pouvoir d’achat et sont les plus sensibles aux messages en lien avec les entreprises qui sont véhiculés dans les médias sociaux :

Les deux tiers des internautes lisent des avis et des recommandations sur un produit ou un service avant d’acheter, et 74 % d’entre eux affirment que les informations qu’ils y trouvent influencent leur choix. NetTendances

Bien que l’activité principale soit la socialisation avec les membres de son réseau, le divertissement, la recherche d’information et de recommandation, le partage de ses centres d’intérêt ne sont pas négligeables.

Site de lectures sociales

Les sites de lecture sociale sont plus que des clubs de lecture enrichis. Avec le livre numérique, les lecteurs enrichissent le contenu du livre par leur commentaire au profit de leur réseau.

Il est important qu’il y ait une interface avec les autres réseaux sociaux, avec les sites transactionnels ou avec ceux des éditeurs et des auteurs pour que le site devienne un véritable outil et point pivot de la promotion de la lecture et du livre.

Le succès de tel site réside aussi sur la capacité de créer des groupes spécifiques, des créneaux sur des sujets et des thèmes porteurs, mais dans un catalogue le plus large possible.

Applications pour les éditeurs

Les éditeurs peuvent créer des microsites de lecture sociale sur un thème porteur, voire sur une collection, un unique titre ou un auteur. Un site d’échanges sur l’histoire du Québec, par exemple, rassemblera les amateurs sérieux, les auteurs et chercheurs, qui seront actifs et influenceront une autre part de cet auditoire. Cette communauté sera en mesure de relayer le contenu des œuvres et des discussions sur d’autres plateformes et sites spécialisés

On peut le faire au sein même de sites de lecture sociale ou de manière indépendante. La première avenue est certainement la plus profitable pour s’adjoindre régulièrement un nouvel auditoire.

Applications pour les libraires

L’utilisation d’une application de lecture sociale, qui soit intégrée à un site transactionnel ou parallèle, est certainement plus profitable pour les libraires,  parce que leur offre est générale et exhaustive. Le succès d’un site de lecture social est d’abord l’étendue du catalogue, c’est vraiment là le nerf de la guerre.

En plus de fidéliser sa clientèle, on apprendra encore plus sur le comportement de lecture des visiteurs en plus de son comportement d’achat. Les applications comme Kobo, iBooks et Kindle consignent les habitudes de lectures de ses détenteurs. On peut ainsi mieux répondre aux besoins de ses clients et communiquer avec eux au moment opportun et faire des offres mieux ciblées.

Internet est un marché de créneau, les librairies peuvent donc développer un créneau distinctif, même s’ils sont généralistes. Les amateurs d’histoire, de cuisine peuvent ainsi se regrouper dans un club de lecture animée et enrichie par un libraire ou non.

Le peu d’espace médiatique consacré aux livres, à la littérature et aux essais, mais surtout l’importance des recommandations des « pairs » qui favorise l’émergence et le développement de sites de lecture sociale. Le  livre est un des derniers produits culturels ou médiatiques à entrer dans l’ère numérique, outre l’objet lui-même, les pratiques de promotions et d’échanges autour de lui sont aussi primordiales pour son dynamisme.

Enjeux de l’édition numérique: clavardage avec Clément Laberge

Dans le cadre des Journées de la culture,  les Bibliothèques publiques de Montréal proposaient hier après-midi une session de  clavardage avec Clément Laberge sur les enjeux de l’édition numérique.

Clément Laberge est notamment vice-président, services d’édition numérique chez De Marque, entreprise associé avec l’ANEL (association des éditeurs de livres) dans la création d’un entrepôt numérique et de l’application pour iPad La Hutte.

Je n’ai malheureusement pu y participer, mais on peut consulter le verbatim des échanges qui portent surtout sur l’urgence d’agir et l’importance pour les acteurs de la chaîne du livre d’explorer la technologie numérique. Celle propre au livre bien sûr, mais également celle des outils de communication incontournables des réseaux sociaux.

Je retiens surtout l’importance pour les auteurs et les libraires de participer plus activement au développement du numérique. Chacun devrait joindre la conversation qui prend place sur le Web pour mieux rejoindre leur clientèle. J’ajouterais aussi pour se familiariser et réfléchir aux modes de diffusion du livre sur Internet.

À propos des auteurs :

Clément Laberge invite les auteurs à créer leur page Facebook par exemple, à interagir de manière plus soutenue avec leur lectorat, à faire une veille des commentaires sur le Web.  À ce titre, il donne l’exemple du commentaire de Brian Perro à une élève qui a écrit un billet sur son livre dans le cadre d’un projet scolaire et l’impact positif engendré.

J’ajouterais qu’il y a trop peu d’auteurs Québécois avec leur propre nom de domaine. Trop peu  également présent sur Facebook ou engagé envers leur lecteur sur Internet. Mais il faut le faire de la bonne façon, ceux qui sont sur Facebook sont souvent plus en relation avec des gens de leur milieu qu’avec leurs lecteurs. L’exemple de  Maxime Roussy et sa série du Blogue de Namasté est un autre exemple intéressant de conversation avec son lectorat. Son site est animé régulèrement, les jeunes filles (et garçon) ont un véritable attachement avec la série et à l’auteur. De plus, l’auteur réagit aux commentaires de ses fans.

Maxime Roussy est présent par son blogue et les sites officiels de ses deux séries Pakkal et Blogue de Namasté, et via Wikipédia et Youtube, où il présente son autoportrait avec humour.  Sa page Facebook consacrée au Blogue de Namasté compte plus de 3 500 fans; de ces fans, certaines ont créé des blogues, des billets ou d’autres pages Facebook sur l’auteur et ses livres. Mais surtout, son contact avec ses lecteurs est constant, régulier.

Le auteurs doivent également initier des projets d’éditions numériques, explorer les possibilités narratives rendu accessibles par le numérique et être au centre du développement d’intégration des médias ou du développement d’application avec leur éditeur.

À propos des libraires : Clément Laberge souligne l’importance de leur rôle dans l’écosystème du livre:

Je pense que les libraires sont essentiels dans le nouvel écosystème du livre — dans leur role de conseiller, d’aide au choix, de diffuseur.

- Mais il faut pour cela qu’ils se plongent dans l’univers numérique — qu’ils l’occupent, littéralement.

- qu’ils en deviennent des acteurs de premier plan. En étant présent sur Facebook, Twitter; sur le Web, via un blogue, etc.

Il réfère au site de biblosurf.com pour démontrer une manière d’exercer le métier en ligne. J’ai expérimenter quant à moi le service de Mon libraire à domicile, où on vous suggère des titres selon vos critères envoyés par courriel, il ne s’agit pas d’un engin de recherche, mais d’un véritable travail de libraire. Les suggestions que j’ai reçues étaient très pertinentes.

D’alleurs Michael Tucker, président de US Books Inc ainsi que de l’association des libraires états-uniens (American Booksellers Association), proposait lors d’un panel, ce même week-end, 10 conseils aux libraires pour prendre part au marché numérique. Les voici en traduction libre avec mes commentaires à la suite :

  1. Conserver la relation avec le client
  2. Créer des communautés
  3. Vendre les livres dans tous les formats, être ainsi indépendant.
  4. Penser commande par correspondance sur Internet
  5. Être proche de ses clients (Promiscuous)
  6. Arrêter de compétitionner avec ses alliers.
  7. Oublier l’impression sur demande et adopter le numérique sur demande.
  8. Fixer des prix justes
  9. Ne pas vendre de liseuse (je déteste ce terme aussi), ce n’est pas votre marché
  10. Prendre le marché numérique de front

via le blogue de Martyn Daniels: Brave New World

Conserver la relation client: Le développement de réseaux sociaux autour du livre sera certainement un enjeu des prochains mois et des prochaines années et devrait représenter un levier important pour la mise en marché du livre sur Internet et sa diffusion, d’autant que le processus d’achat se résume à quelques cliques avec le livre numérique, comme le souligne Clément Laberge. Les sites de lectures sociales s’organisent et vendent déjà certains ouvrages et ont développé des applications.

Créer des communautés : Internet est un marché de créneau (niche) par excellence. Être en mesure de créer une communauté dans un genre littéraire en particulier peut permettre de se positionner favorablement sur ce marché. Les lecteurs ne sont pas exclusifs à un genre, mais une communauté ne crée pas une appartenance importante si elle n’est pas bien définie. Alors qu’un site transactionnel peut rassembler ces communautés, la conversation avec ses communautés doit être ciblé pour être pertinente et obtenir l’assentiment de ses membres.

En bref: On y a discuté de plateformes, de liseuses (eReaders) et du rôle des bibliothèques. Clément Laberge nous rappelle aussi que la technologie n’est tout simplement qu’un moyen mis à notre disposition pour faire rayonner notre culture, la littérature et mettre les gens en relations, et non pas une fin en soi.

Consultez le verbatim des échanges.

Premier Billet: Je me lance.

Après avoir lancé et tenu un blogue au Mouvement québécois de la qualité, j’ai quitté l’organisation et je n’ai pas eu l’occasion de bloguer depuis. Je reprends l’exercice avec beaucoup d’enthousiasme et dans un secteur qui me passionne, celui du livre. Je partagerai donc avec vous mes réflexions sur les transformations du secteur de l’édition qui est propulsé par les développements technologiques. Je lis depuis longtemps plusieurs blogueurs et j’aurai l’occasion prochainement de vous parler de ceux qui m’ont le plus inspiré; vous pouvez en consulter quelques-uns sur mes bloglistes et sur mon comte Delicious. Mes billets présenteront le croisement des sujets qui me passionnent :  secteur de l’édition, livres et littérature,  marketing et expérience client, nouvelles tendances du web, ainsi que modèles d’affaires et amélioration des processus.

Le secteur de l’édition vit actuellement une période de grande turbulence et fait face à des innovations par la rupture sans précédent en matière technologique et la sortie du iPad ce printemps a été un catalyseur important pour beaucoup de professionnels du secteur. La révolution Internet, l’explosion des médias sociaux, la convergence des connexions entre les gens et le contenu influencera la notion même de livre, mais aussi ses modèles économiques. Ce sont les règles de jeu du marché et toute la chaîne de valeur du livre qui en sera affectée.

Plusieurs initiatives importantes ont eu lieu au Québec en 2009. Par exemple, l’ANEL et De Marque scellaient leur entente sur la création d’un agrégateur (un entrepôt numérique) et une application iPad permet de vendre des livres québécois par l’entremise du site livresquebecois.com, d’autre part, Archambault lançait à l’automne son site jelis.ca pour la vente de livre numérique. Plusieurs acteurs du secteur préparent leur stratégie numérique et développent des projets innovateurs. J’aurai l’occasion de vous en parler dans les semaines à venir.

Les changements actuels ont lieu à la puissance 10 et il devient donc important pour chacune des entreprises du secteur d’établir des stratégies numériques pour conserver les parts de marché et leurs présences sur le web et auprès des lecteurs. Plus encore, il est primordial de réfléchir à la nouvelle chaîne de valeur du livre, l’écosystème du livre, dans un univers numérique et créer un espace de collaboration. Je vous invite donc à me soumettre vos commentaires et suggestions, bref à collaborer à ce blogue.

La plupart des gens du secteur ont l’amour et la passion du livre qui est très profondément ancrées en eux. Je crois que nous avons une occasion rêvée pour réinventer le secteur, revoir certaines de nos pratiques et créer une nouvelle chaîne de valeur pour offrir le meilleur aux lecteurs et clients comme aux auteurs eux-mêmes.

PS.: Vous aurez remarqué qu’il me reste des termes et expressions en anglais à corriger. Je règle ce problème sous peu.