Voici ma brève appréciation du roman d’Anaïs Barbeau-Lavalette, Je voudrais qu’on m’efface, telle que publiée sur les pages du Club de lecture du Prix des libraires:
Pour un court instant, à peine quelques pages, j’ai été rebuté par la langue. Ce n’est pas tant que le langage soit cru, mais bien celui de la rue, celles d’Hochelaga, avec ces raccourcis et contractions, et pas seulement dans les dialogues, mais dans la narration elle-même.
Ce style est efficace et poétique, des images évocatrices et fortes et souvent crève-cœur. Ce ton nous rapproche plus intimement de cet univers d’écorchés de la vie, de « naufragés des villes », d’enfance gâchée, d’autant que l’auteur ne pose aucun jugement sur ses personnages et les montre dans toutes leurs contradictions, leurs détresses, leur solitude, leurs carences et leurs incapacités en toute chose :
Elles se regardent et savent qu’elles seraient moins seules à deux, mais ni l’une ni l’autre ne sait à quoi ça ressemble, un lien.
Le regard et le rêve des trois enfants apportent la lumière dans cet univers glauque, mais révèlent surtout la misère de leur famille :
Troupeau d’hommes écorchés, miettes de vie, guerriers de sous-sol, tous se laissent pénétrer par la lumière de l’instant.
Un livre puissant, beau et troublant.





