Article écrit pour Livre d’ici (mars 2011, p.20) et diffusé ici avec leur permission
La BTLF à inauguré le service d’information commerciale sur le livre, Gaspard, le 3 novembre 2009. La base d’information est alimentée par les détaillants selon les ventes aux caisses. Ainsi, chaque dimanche les données sont collectées puis agrégées et ensuite rendues disponibles le mercredi suivant. Ce système d’information est inspiré de Nielsen BookScan en Europe et aux États-Unis et de BookNet (BNC) SalesData au Canada anglais.
À titre d’exemple, BNC SalesData existe depuis un peu plus de cinq ans et collige l’information de plus de 1 000 points de vente, représentant des chaînes, des indépendants, des ventes en ligne, des collèges et des universités et des librairies non-traditionnelles. Les données représentent 75% du marché.
Le défi a été double pour Gaspard pendant cette première année, soit de convaincre les libraires de participer à ce service en envoyant de façon électronique leurs données de vente, et aussi de trouver une clientèle au service.
À la fin février, Gaspard devrait être alimenté par 200 points de vente représentés par 62 entreprises. Comme des ententes de confidentialité scellent les rapports entre la BTLF, qui chapeaute ce service, et les détaillants participants de manière volontaire, il est difficile de connaître la composition de ce panel. Les données représenteraient environ 40% du marché et principalement de la grande diffusion.
Il est aussi, pratiquement, impossible de connaître qui utilise ce service; à la fin 2010 on parlait de 5 éditeurs, il y aurait aujourd’hui une vingtaine d’éditeurs. Les bibliothèques publiques et municipales utilisent le service selon des contrats d’utilisations nouvellement négociés.
Un service en quête de clients
Si l’ensemble du marché semble s’entendre sur l’importance d’un service d’information commerciale à la source, plusieurs questionnent la pertinence des données et de l’utilisation qu’on peut en tirer, la tarification contre la plus-value offerte et les lacunes de communication de l’organisme.
Stéphane Masquida, directeur commercial aux Messageries ADP appuie le principe du service Gaspard en autant que la fiabilité soit au rendez-vous, c’est un service positif pour le secteur pourvu que les conditions y soient réunies. Notamment, « pour l’utiliser, il nous faut connaître la constitution du panel et ce critère n’est pas rencontré », rappelle-t-il.
Les libraires et les détaillants ont reçu récemment une lettre d’entente afin que Gaspard puisse mentionner le nom des participants à la collecte de données, tout en garantissant la confidentialité des données fournies. Mais les libraires, même les plus solidaires du secteur ne sont pas prêts à le faire, pour des arguments pas toujours rationnels.
D’autre part, plusieurs éditeurs mentionnent la tarification comme un frein, puisqu’elle est basée sur le chiffre d’affaires sans aucune pondération et ce coût vient en suppléments des services d’information déjà offerts par leur diffuseur/distributeur. Il ne s’agit pas d’information en temps réel, mais le décalage dans le temps est compensé par des informations fiables.
Comme le mentionne Louise Alain directrice marketing des éditions Alire, l’information sur les ventes réelles à la semaine pourrait être intéressante, mais la valeur de cette information ne vaut pas le coût, puisqu’elle obtient toutes les informations nécessaires de son fournisseur, en l’occurrence les Messageries ADP. « Pour que Gaspard devienne vraiment efficace, il devrait obliger tous les libraires et détaillants à donner leurs chiffres et à tous les éditeurs à s’abonner » suggère-t-elle. Que ce soit par législation ou comme condition à l’agrément.
Le défi de la représentativité
À moins d’obtenir 100% des données de ventes de livre à la caisse, les utilisateurs de Gaspard ou même de BNC SalesData doivent utiliser une règle de trois pour extrapoler les résultats. Par contre, pour effectuer une inférence statistique, l’échantillon doit être connu, afin que les résultats soient le plus représentatifs possible.
À moins d’y mettre le temps comme le suggère Daniel Desjardins des éditions Ulysse, qui s’accommode très bien de Gaspard dans l’état actuel des choses. Il est en mesure de distinguer les différents réseaux de ventes en observant le niveau des prix, qui sont systématiquement plus bas en grande diffusion.
En plus de ne pas connaître la représentativité des données qui sont présentées, l’échantillon des détaillants demeure malgré tout trop restreint. Malgré les lacunes du nouvel outil, il y a consensus sur le besoin d’un service comme Gaspard. Le défi est maintenant de rallier tous les acteurs du secteur.
À cet article, permettez-moi d’ajouter quelques remarques supplémentaires.
Données régionales
Une des lacunes du service actuel de Gaspard est l’absence de données régionales. À ce titre, il n’est pas nécessaire d’avoir des données pour les 17 régions administratives du Québec, mais au moins les plus significatives tout en distinguant les ventes hors Québec. Par exemple, on pourrait établir deux régions urbaines, Montréal et Québec, puis quelque 5 régions qui couvrent l’ensemble du Québec, afin de donner une meilleure information commerciale. Pour les éditeurs une possibilité accrue d’analyser les impacts des tournées d’auteurs, des publicités et comptes rendus des médias régionaux, etc. Pour les libraires, une possibilité de se benchmarker,en terme d’offre comme en terme de chiffre d’affaires.
Le Palmarès Gaspard – Le Devoir
Après avoir argumenté le manque de données et le maque de représentativité, prémisse à toute inférence statistique, je trouve étonnant que Le Devoir prétende présenter un « vrai palmarès ». Étonnant, puisque nous ne connaissons pas la composition de la collecte de données et qu’on ne peut donc conclure, quant à moi. Le palmarès de Renaud-Bray et d’Archambault a une plus grande valeur, puisque les paramètres sont connus :
Le palmarès Gaspard-Le Devoir est en effet le seul à fonder ses résultats sur une étude exhaustive et objective des ventes d’un vaste réseau de librairies. Autrement dit, il offre un véritable instantané, précis et fiable, des ventes de livres chez nous et non pas le reflet de l’activité ou des intérêts de marchands. Enfin, un vrai palmarès! , Le Devoir, 11 septembre 2010
Communication et Transparence
Sur le site de Gaspard, on mentionne les avantages pour les libraires et pour les éditeurs d’un tel service, mais je crois que les communications devraient y être plus ouvertes et moins opaques. Par exemple, on pourrait mettre en ligne les éléments suivants :
- Les présentations PowerPoint d’information et de formation au système;
- Différents types de requêtes préformatées : celle des titres en lice au Prix des libraires par exemple.
- Permettre une période d’abonnement-test de 30 jours accessible et ouvert à tous, comme la majorité des logiciels vendus sur le Web.
Pour la rédaction de l’article dans Livre d’ici, j’ai eu une démonstration du système Gaspard, mais je n’ai pu le tester moi-même pour des raisons de confidentialité.
J’en profite pour remercier, en plus des personnes citées dans l’article,les éditeurs et libraires pour leurs commentaires, particulièrement:
- Marie-Hélène Vaugeois de la Librairie Vaugeois,
- Rina Olivieri de la Librairie Olivieri,
- Gilles Herman des éditions Septentrion,
- Merci également à Diane Ouellette, directrice générale de la BTLF.





